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Syrie: les journalistes freelances entre passion et frustration

04/08/2012 04:05 EDT | Actualisé 03/10/2012 05:12 EDT

Le refus de la Syrie de laisser la presse couvrir librement le conflit meurtrier qui ravage le pays depuis près d'un an et demi a mis en lumière le travail des pigistes, ces journalistes indépendants bravant danger et interdits pour, malgré tout, faire leur métier.

"Nous faisons un boulot en voie d'extinction: le reportage de guerre", affirme l'Espagnole Mayte Carrasco, l'une des dizaines de professionnels de la photo, du texte ou de la vidéo ayant choisi d'entrer clandestinement dans le pays pour se faire l'écho de la rébellion.

La plupart de ces saisonniers de l'actualité se disent animés par la passion. Même si cela s'accompagne parfois d'une certaine frustration, tous ont le sentiment de jouer, dans des conditions très précaires, un rôle providentiel.

"Le journaliste indépendant doit assumer le fait que tous ses frais sont à sa charge. Il n'a pas de couverture médicale, il n'est pas accrédité par un grand média. Le pigiste est seul, tout seul, mais c'est son choix", explique l'Argentine Karen Maron, une ancienne de la corporation qui a fait ses premières armes en 2000 à l'occasion de la Deuxième Intifada dans les Territoires palestiniens.

La Syrie est au contraire le premier conflit que couvre le photographe italien Giulio Piscitelli. "L'an dernier je n'ai pu aller en Libye, regrette-t-il. Ici, j'espère que ce sera un tremplin pour ma carrière professionnelle".

"Et comme les grandes agences ne peuvent déployer sur le terrain autant d'équipes qu'elles le voudraient, cela me permet de vendre ma production", ajoute-t-il.

Un enthousiasme que beaucoup de ses collègues, plus expérimentés, tempèrent. "Tu te sens quand même exploité ", avoue le vidéaste espagnol Roberto Fraile.

"Nous sommes totalement vulnérables. Beaucoup n'ont même pas de gilet pare-balles ou de casque. Très peu sont équipés d'un téléphone satellitaire. Sans compter que l'argent liquide nous fait généralement défaut", approuve Mayte Carrasco.

Alberto Prieto, un photographe espagnol ne cache pas sa frustration: "Je ne me sens pas valorisé par les médias auxquels je collabore. Parfois ils ne répondent même pas à mes courriels ou bien ils refusent mes photos et, quand ils les prennent, c'est peu cher payé."

Le jeune Piscitelli le sait mais se veut positif. "J'aime ce travail et je crois que ce que nous faisons est très important", affirme-t-il.

David Mesenguer, lui, ne se plaint pas: "Compte tenu de la situation, les médias font un effort financier et ce qu'ils me paient pour chaque pige est supérieur à ce qu'ils offrent habituellement".

Pour Karen Maron, le débat est clos depuis longtemps: "D'un point de vue humain, c'est parfois difficile à vivre. Le pigiste fait un boulot extraordinaire, il est reconnu pour la qualité de son travail et, ensuite, on va le jeter sans explication ni considération. Mais on sait bien qu'il n'y a aucun engagement écrit qui stipulerait qu'après une couverture réussie tu aurais droit à un contrat en bonne et due forme".

Le vidéaste britannique John Roberts ne se pose même pas la question. "Je dois gagner ma vie, comme tout un chacun, dans n'importe quel métier. Et c'est le boulot et le style de vie que j'ai choisis ", constate-t-il.

Si la palette des sentiments s'étoffe eu fil des interlocuteurs, tous, du débutant Piscitelli au chevronné photographe espagnol Ricardo Garcia Vilanova, savent qu'au bout du compte, ils n'en tireront ni argent ni gloire.

"Je ne pense pas que mon travail me rendra riche et célèbre. Je veux seulement pouvoir en vivre et faire du bon journalisme", assure le jeune Italien.

Ricardo, l'ancien, le conforte dans cette opinion: "Personne ne gagne argent, reconnaissance ou notoriété avec ce type de boulot. C'est notre passion même si elle peut mal se terminer".

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