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Les Jeux vus d'ailleurs: Pistorius rend les Sud-Africains euphoriques

04/08/2012 10:35 EDT | Actualisé 04/10/2012 05:12 EDT

Les superlatifs n'ont pas manqué samedi à la terrasse d'un café branché de Johannesburg où un grand écran retransmettait les séries du 400 m des JO de Londres, quand le Sud-Africain Oscar Pistorius, un double amputé, s'est brillamment qualifié.

"C'était incroyable de regarder Oscar, c'était un moment historique, et je dirais même que c'est presque comme regarder Mandela sortir de prison après vingt-sept ans", s'est enflammée Mary, une véritable fan.

"Pour un paralympique, participer aux +vrais+ jeux Olympiques... c'est génial!"

L'Afrique du Sud commémore justement dimanche le cinquantième anniversaire de l'arrestation de son grand héros Nelson Mandela, qui a passé plus de vingt-sept ans dans les geôles de l'apartheid avant de devenir le premier président noir du pays.

"C'est monumental pour un homme handicapé de participer à une compétition d'athlétisme pour valides", a relevé Jason Handle, qui faisait partie de la douzaine de personnes levant le nez vers l'écran, sur une petite place du quartier de Braamfontein.

Oscar Pistorius, 25 ans, a été amputé des deux jambes à l'âge de 11 mois à la suite d'une malformation génétique. Il a fini samedi deuxième de sa série et s'est qualifié pour les demi-finales, en battant son record de la saison en 45 sec 44/100.

Il doit aussi faire partie de l'équipe sud-africaine au relais 4x400 mètres.

L'athlète sud-africain est doté de prothèses de fibres de carbone qui l'aident à se propulser, ce qui n'a pas manqué de faire polémique. Mais son préparateur physique Jannie Brooks estime que l'effet de levier qu'elles apportent est assez réduit, et que l'effort musculaire qu'il doit fournir est supérieur à celui des valides pour obtenir le même résultat.

Jannie Brooks, qui prépare Pistorius depuis qu'il a 16 ans, a raconté à l'AFP qu'il n'avait pas remarqué pendant six mois que Pistorius était handicapé, car tous ses coureurs portaient un pantalon de survêtement quand ils s'entraînaient l'hiver.

"Nous sommes fiers de lui, surtout car c'est la première fois qu'un double amputé est en compétition avec des athlètes", a souligné samedi Sifiso Magagula, venu avec sa femme au marché du quartier.

"Et qu'il se qualifie en faisant deuxième dans un sport dominé par les Américains et les Jamaïcains... Nous sommes vraiment fiers de lui!"

Pistorius a déjà participé aux Jeux paralympiques de 2004 et 2008 (médaille d'or sur 100, 200 et 400 m). Et il sera cette année le premier handicapé à participer à la fois aux jeux Olympiques et aux paralympiques.

Ivan Lukhele, un économiste, avoue qu'il avait des doutes.

"Au début, je ne lui donnais pas la moindre chance. Mais maintenant qu'il s'est qualifié, je suis vraiment excité. C'est incroyable, il nous apprend beaucoup: tout est possible du moment que vous y mettez tout votre esprit et toute votre énergie", a-t-il insisté.

Oscar Pistorius lui-même était sur une autre planète.

"Je ne savais pas s'il fallait pleurer, j'ai eu un mélange d'émotions. Ca a été l'expérience la plus étonnante de ma vie, la foule était incroyable. J'ai vu le drapeau sud-africain!", a-t-il déclaré après sa course.

"Ma grand-mère, elle a 89 ans, elle était là (à Londres) avec le drapeau sud-africain, c'était une expérience étonnante", a-t-il ajouté.

"C'est un rêve enfin réalisé, j'ai travaillé pendant six ans pour atteindre le niveau!"

Son record personnel est de 45 sec 07/100, et Pistorius est venu à Londres avec l'objectif de passer sous la barre des 45 sec. Peut-être lors des demi-finales dimanche?

A Braamfontein, aussitôt après la course et les félicitations au héros du jour, l'écran géant est repassé à l'événement pour lesquels les gens étaient venus: la finale du Super 15 de rugby, qui a vu les Waikato Chiefs néo-zélandais battre les Sharks sud-africains 37 à 6.

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