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Alep et Damas pilonnés par l'armée syrienne après un vote de l'ONU

04/08/2012 09:18 EDT | Actualisé 04/10/2012 05:12 EDT

L'armée syrienne pilonnait samedi avec une rare intensité Alep, capitale économique de la Syrie où les rebelles ont tenté de s'emparer du bâtiment de la télévision d'Etat, au lendemain d'un vote de l'ONU déplorant l'impuissance de la diplomatie pour arrêter ce conflit.

Les insurgés retranchés depuis plus de deux semaines à Alep (355 km au nord de Damas), dont le contrôle est crucial pour l'issue de ce conflit, faisaient face à un déluge de feu de la part de l'artillerie et de l'aviation militaires, prélude à une bataille de grande ampleur, selon un haut responsable de la sécurité.

Ces tirs d'obus, "les plus intenses" qu'ait connus Alep selon des militants, se sont abattus peu après l'adoption vendredi d'une résolution non contraignante à l'Assemblée générale de l'ONU ayant déploré l'impuissance du Conseil de sécurité dans ce conflit, une critique implicite à l'égard de Moscou et Pékin qui y ont bloqué tous les projets de résolution condamnant le régime de Bachar al-Assad.

Pékin a rejeté ces critiques et l'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine, dont le pays est le plus fidèle soutien de Damas avec l'Iran, a dénoncé une résolution apportant un "soutien flagrant" à l'opposition armée.

Face à l'échec de la diplomatie ayant conduit le médiateur Kofi Annan à jeter l'éponge et le chef de l'ONU Ban Ki-moon à qualifier le conflit de "guerre par procuration", Paris veut profiter ce mois-ci de sa présidence du Conseil de sécurité pour concentrer les efforts internationaux sur l'aide humanitaire, a affirmé l'ambassadeur de France à l'ONU, Gérard Araud.

"Progresser d'un point de vue politique, je dois avouer que ce sera difficile", a-t-il dit en ajoutant que des choses pouvaient être faites d'un "point de vue humanitaire".

Sur le terrain, les violences semblaient avoir gagné en intensité, les positions rebelles à Alep, deuxième ville du pays dont les insurgés affirment contrôler la moitié, et à Damas se retrouvant sous un déluge de feu d'une rare intensité, selon des militants.

Le bastion rebelle de Salahedinne à Alep a été frappé par les "plus violents bombardements depuis le début de la bataille mais l'armée de Bachar n'a pas réussi à avancer", a affirmé à l'AFP le colonel Abdel Jabbar Oqaidi, chef du commandement militaire de l'Armée libre syrienne (ASL, composée de déserteurs et de civils armés).

Un haut responsable de la sécurité dans la région a assuré que ces raids n'étaient que le "hors-d'oeuvre" à une bataille de grande ampleur. Au moins 20.000 militaires ont été déployés sur le front d'Alep où l'armée continue à recevoir des renforts, selon ce responsable qui a affirmé que les insurgés continuaient aussi à se renforcer.

Après des opérations audacieuses leur ayant permis ces derniers jours de s'emparer de commissariats à Alep, les rebelles ont attaqué pendant la nuit le bâtiment de la télévision d'Etat, avant d'être bombardés par l'aviation et de devoir se retirer, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'agence officielle Sana a confirmé l'attaque, rapportant que "les terroristes ont attaqué des civils et le bâtiment mais les soldats l'ont défendu".

A Damas, où subsistent des poches de résistance, des combattants retranchés dans le quartier de Tadamoun (sud) ont aussi fait face à des bombardements très violents, selon l'OSDH.

Selon l'agence syrienne, l'armée a tué et arrêté "un grand nombre de terroristes" dans ce quartier.

L'OSDH a par ailleurs rapporté qu'un présentateur de la télévision d'Etat, Mohammad al-Saïd, enlevé à la mi-juillet à son domicile de Damas, avait été exécuté par le groupuscule islamiste al-Nosra ayant revendiqué ce meurtre.

Toujours à Damas, haut lieu de pèlerinage chiite, "des groupes armés terroristes ont enlevé 48 pèlerins iraniens qui se rendaient (en bus) à l'aéroport", selon le consul iranien, Majid Kamjou.

L'OSDH a fait état de la mort samedi de 28 civils et un rebelle, dont six dans la province de Damas et 16 à Deir Ezzor (est).

La plus grande partie de la province de Deir Ezzor, limitrophe de l'Irak, est entre les mains des insurgés et la ville même de Deir Ezzor a été vidée de 70% de ses habitants, selon l'OSDH qui tire ses informations d'un réseau de militants et de témoins.

Alors que juillet a été le mois le plus sanglant en 16 mois de révolte, selon l'OSDH, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé aux belligérants de respecter "pleinement" le droit international humanitaire.

Depuis le début en mars 2011 de la révolte, plus de 20.000 personnes ont été tuées, selon un bilan de l'OSDH, invérifiable de source indépendante.

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