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Un village palestinien en lutte incessante avec les colons pour la terre

03/08/2012 03:48 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

A l'approche de la colonie israélienne de Nachliel, de plus en plus d'oliviers arrachés appartenant aux villageois palestiniens de Beitilou jonchent le bord du chemin.

Aux yeux des habitants comme des agences de l'ONU et des ONG, les violences d'une fraction extrémiste de colons traduisent non seulement les frictions entre populations antagonistes, mais aussi une volonté évidente d'expansion.

"La première fois, c'était en 2005", raconte une villageoise, Mayssam Abdallah, 50 ans. "Nous étions en train de cultiver quand ils sont venus nous dire: +Si vous ne partez pas immédiatement, au matin vous n'aurez plus d'arbres", poursuit-elle, "le lendemain nous avons trouvé 60 oliviers abattus+".

"Cette année, les colons ont arraché plus de 300 arbres, combien de fois ont-ils fait ça ?", soupire cette habitante de Beitilou, au nord-ouest de Ramallah, en Cisjordanie occupée, qui affirme avoir elle-même été blessée par des colons.

En juillet, le Haut Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU, l'Unicef, les ONG israélienne et palestinienne B'Tselem et Al-Haq et le Programme oecuménique d'accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI), se sont alarmés de la hausse du nombre d'attaques de colons.

Ces attaques contre les Palestiniens et leurs possessions "ont augmenté de plus d'un tiers" entre 2010 et 2011 et "de près de 150%" entre 2009 et 2011 (167 en 2009, 312 en 2010 et 411 en 20011, selon l'ONU), alors que l'année 2012 est partie sur les mêmes bases, signalent-ils.

"Chaque mois, nous constatons une augmentation des agressions par rapport au mois précédent", assure le maire de Beitilou, Abdallah Abdelwahed, citant l'abattage de centaines d'oliviers et la confiscation de terres.

Les villageois palestiniens découvrent en outre régulièrement, accrochées aux arbres, des menaces en arabe, dont certaines tirées de versets coraniques, qu'ils attribuent à des Juifs du Yémen installés à Nachliel.

Au bout du chemin, des barbelés et une poignée de militaires israéliens barrent l'accès à la colonie de Nachliel, aux toits de tuile rouge distinctifs, ont constaté des journalistes, lors d'une récente visite à l'initiative des agences de l'ONU et des ONG.

Surpris, hésitants, les soldats, parmi lesquels une jeune femme, se replient pour se concerter avec leur hiérarchie sur l'attitude à adopter face à ce groupe hétéroclite d'habitants, de journalistes, diplomates et militants, avant de les voir repartir avec soulagement.

"C'est notre terre, ils l'ont volée", souffle un jeune de l'endroit, Awad Noubani, pendant ces conciliabules, indiquant le no man's land où se sont déployés les militaires. "Et ces barils ils nous les ont pris aussi", ajoute-t-il, en désignant des bidons marqués d'une initiale dans lesquels les habitants de Beitilou faisaient pousser leurs plants.

Les opposants à la colonisation affirment que la violence des colons est devenue un phénomène de plus en plus intentionnel.

Saleh Darwich, un agriculteur de 60 ans, qui a perdu personnellement 18 oliviers, accuse des étudiants du séminaire talmudique de la colonie juive.

"Le 1er mai, ils ont arraché 102 arbres en un jour, il faut beaucoup de colons pour faire cela", remarque-t-il.

"Ils veulent prendre le plus de terre possible", résume-t-il.

En juillet, la Cour suprême a accordé un délai pour évacuer la colonie sauvage de Migron, en Cisjordanie, au gouvernement israélien qui invoquait l'avis du commandant militaire du secteur, défavorable à "une évacuation qui s'effectuerait sans l'accord des habitants de Migron pendant le mois du Ramadan".

"Ce qu'ils sous-entendent avec le Ramadan c'est que les colons risquent de se venger sur les Palestiniens", a déploré Hagit Ofran, une militante de l'ONG israélienne anticolonisation La Paix Maintenant, "c'est une façon de légitimer leur violence".

sst/agr/sb

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