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Tunisie: une loi contre l'atteinte au sacré serait une forme de censure (HRW)

03/08/2012 01:45 EDT | Actualisé 03/10/2012 05:12 EDT

Un projet de loi pénalisant l'atteinte au sacré, déposé par le parti islamiste Ennahda qui dirige la coalition au pouvoir en Tunisie, "menace la liberté d'expression" et pourrait entraîner une "nouvelle forme de censure", a mis en garde vendredi l'organisation Human Rights Watch.

"Un projet de loi visant à pénaliser les attaques contre le +sacré+ menace la liberté d'expression", souligne l'ONG de défense des droits de l'Homme dans un communiqué, relevant que "en principe, le droit international des droits humains interdit de pénaliser la diffamation de la religion".

"Ce projet de loi introduirait une nouvelle forme de censure dans un pays qui en a déjà tellement souffert sous le président déchu" Ben Ali, poursuit l'organisation.

Le texte, déposé mercredi à l'Assemblée nationale constituante, codifie les atteintes au sacré et prévoit une peine de prison allant jusqu'à deux ans de prison et quatre ans en cas de récidive.

Il dresse une liste des valeurs, lieux et objets sacrés: Dieu et Mahomet, tous les prophètes, tous les livres saints, les mosquées, les églises et les synagogues notamment.

Il codifie également la nature des atteintes et leur degré de gravité entre "l'injure, la profanation, la dérision et la représentation d'Allah et de Mahomet".

Lors de son premier congrès public mi-juillet, le parti islamiste avait préconisé de criminaliser l'atteinte au sacré tout en s'engageant à "garantir la liberté d'expression".

En juin, une vague de violences a été déclenchée par la mouvance salafiste pour dénoncer une exposition d'art dont certaines oeuvres ont été jugées offensantes pour l'islam. Ennahda a alors été accusé de complaisance à l'égard de ces militants extrémistes.

Le parti islamiste a beau assurer défendre le respect des libertés, l'opposition et de nombreuses ONG craignent une islamisation de la société dans un pays doté d'un Etat séculier depuis son indépendance, il y a plus d'un demi-siècle.

alf/mh/feb

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