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Les shebab partis, fragile retour à la vie des déplacés somaliens d'Afgoye

03/08/2012 11:59 EDT | Actualisé 03/10/2012 05:12 EDT

Il y a encore peu, Afgoye était synonyme de misère. Contrôlée par les insurgés islamistes somaliens shebab, la région, aux portes de la capitale Mogadiscio, était devenue un immense camp de déplacés.

Mais deux mois après sa conquête par la force de l'Union africaine (UA) en Somalie (Amisom) et l'embryon d'armée somalienne, nombreux sont ceux qui ont pu quitter leurs abris de fortune pour rentrer chez eux, à Mogadiscio notamment.

"Tout va bien mieux maintenant; sous les shebab, on avait perdu notre liberté," dit Mohamad Barissa Hussein, 55 ans, en aidant un troupeau de 25 dromadaires à traverser un pont. Les shebab "nous arrêtaient et nous battaient, nous flagellaient sans raison."

Les affaires aussi reprennent. Katra Ibrahim montre les clients amassés devant son échoppe.

"Les affaires sont 100% meilleures aujourd'hui, même si la sécurité n'est pas si bonne," explique la jeune femme de 27 ans. "Quand les shebab étaient ici, il n'y avait pas de déplacements, personne ne venait de Mogadiscio, mais maintenant la localité est bien plus animée parce que les gens peuvent revenir."

En début d'année, l'ONU estimait que la route menant à Mogadiscio -- le couloir d'Afgoye -- abritait quelque 400.000 déplacés, qui fuyaient sécheresse et combats dans d'autres régions du pays.

Même si aujourd'hui ce chiffre semble avoir été surestimé, les conditions de vie y étaient misérables.

Retour

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"Un très grand nombre de déplacés dans le couloir d'Afgoye étaient de Mogadiscio et y sont retournés," explique Kilian Kleinschmidt, vice-coordonnateur humanitaire des Nations unies en Somalie.

L'ONU estime qu'environ 120.000 déplacés se trouvent encore dans la région, mais immédiatement après le départ des shebab, des milliers de véhicules transportaient chaque jour des gens vers la capitale.

Certains faisaient aussi le chemin inverse: bloqués de longs mois à Mogadiscio, ils ont commencé à revenir chez eux à Afgoye.

Debout dans son bureau, une baraque en tôle, Warsame Mohamed Siad explique être revenu le lendemain du départ des shebab, après quatre ans dans la capitale.

Il tient maintenant le principal poste de contrôle local -- une corde au-dessus d'une route, gardée par des hommes armés flanqués d'uniformes disparates qui réclament entre 50 cents et 20 dollars aux conducteurs.

"Nous utilisons l'argent pour l'administration locale -- la nourriture, le traitement de nos soldats blessés," explique M. Siad, 40 ans, devant une file de minibus décrépits et de camions colorés. "Nous n'avons pas d'autre source de revenu."

Le poste rapportait aussi beaucoup aux islamistes. Mais, si certains accusent encore la nouvelle administration d'y extorquer la population, M. Siad affirme que les choses ont changé : "Oui, les shebab prenaient des centaines de dollars."

La population d'Afgoye n'était pas seule à subir les conséquences de la domination shebab sur la région. Les insurgés utilisaient la zone comme base pour lancer des attaques sur Mogadiscio, explique l'Amisom.

Le nombre d'attaques "a chuté parce que nous avons réussi à capturer ces zones," affirme Paul Lokech, commandant du contingent ougandais de la force de l'UA.

En sécurisant Afgoye, l'Amisom espère donc sécuriser Mogadiscio, où le gouvernement fédéral de transition somalien, incapable, en huit ans, de rétablir une autorité centrale dans un pays en état de guerre civile depuis plus de 20 ans, doit passer la main le 20 août à des institutions pérennes.

Les shebab, chassés de la capitale en août 2011, contrôlent encore de large poches du sud somalien. Et la route qui relie Afgoye à Mogadiscio fait toujours l'objet d'attaques.

Mais maintenir la sécurité à Afgoye, explique Katra Ibrahim, n'est pas simple pour les autorités locales, dont les forces, dit-elle, sont un agglomérat de milices locales parfois rivales.

"Les shebab étaient plus disciplinés -- ils ne venaient pas en ville avec des gangs," glisse-t-elle. "Mais les forces gouvernementales sont là maintenant et parfois elles se battent entre elles, se tirent dessus et se tuent entre elles."

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