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JO-201 - Une judokate saoudienne ouvre la voie pour ses compatriotes

03/08/2012 10:11 EDT | Actualisé 03/10/2012 05:12 EDT

La judokate Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shaherkani (+78kg), devenue vendredi à Londres la première athlète féminine saoudienne de l'histoire olympique, a symboliquement ouvert la voie pour ses compatriotes, qui rêvent d'une meilleure participation aux compétitions internationales.

"Nous sommes fières de sa participation, qui ouvre la voie à une plus grande présence de la femme saoudienne" dans les compétitions sportives régionales et internationales, dit Amal Ismaël, une journaliste sportive.

Wodjan, 16 ans, qui s'est présentée sur le tatami la tête couverte d'un bonnet de bain à défaut du voile islamique, exigé par sa famille et le Comité olympique saoudien, a été battue sur ippon après 1 minute 22 secondes par la Portoricaine Melissa Mojica.

"Elle ne s'est pas bien préparée aux Jeux olympiques. Sa participation est symbolique", ajoute Amal qui, à l'instar de la plupart des Saoudiens, a suivi le combat sur des chaînes satellitaires du Golfe, celles du royaume ultraconservateur ne retransmettant pas en direct les JO de Londres.

"Le combat était rapide et bref, mais nous ne nous attendions pas à de grands résultats pour Wodjan, qui était mal préparée", a commenté Lina al-Maëna, fondatrice de Jeddah United, un club de basket-ball pour femmes.

"En plus Wodjan était sous pression après la longue controverse concernant le voile, ce qui ne lui a pas permis d'être concentrée", a noté la jeune joueuse de basket, qui se dit "heureuse de la présence de la femme saoudienne aux JO". "Cela a jalonné la voie à une participation plus compétitive aux prochains JO".

L'Arabie saoudite, qui applique une interprétation rigoriste de l'islam, a autorisé pour la première fois deux filles, Wodjan et Sarah Attar, engagée en athlétisme sur 800 m, à participer aux JO à condition qu'elles respectent un strict code vestimentaire.

Le Comité international olympique (CIO) avait négocié de haute lutte la présence de deux jeunes femmes dans la délégation saoudienne qui avait en revanche exigé qu'elles se présentent tête couverte, ce que la fédération internationale de judo interdit pour des raisons de sécurité.

Les négociations s'étaient conclues mardi par "une solution acceptable par les parties", soit le port d'un bonnet, semblable à celui utilisé par les nageurs.

Sarah Attar ne connaîtra pas ce problème puisque la fédération internationale d'athlétisme n'a pas ce genre de règlement. La jeune athlète, installée en Californie, apparaît en outre tête nue sur sa photo officielle des JO.

Le premier et unique combat de la judokate saoudienne s'étant joué à l'heure de la prière hebdomadaire du vendredi, les Saoudiens n'étaient pas nombreux à pouvoir suivre sa retransmission en direct. "J'ai suivi le combat de Wodjan en famille", indiqué Lina al-Maëna.

"Tout le monde a parié sur ta défaite avant même le combat. Et cela est logique, mais les gens raisonnables sont unanimes que tu as remporté une victoire face aux restrictions, entraves et le sous-développement de la société", écrit Badr Mounif sur son compte Twitter à l'adresse de la judokate.

Malgré sa défaite, "Wodjan a marqué son nom dans l'histoire comme la première judokate voilée et la première femme saoudienne dans l'histoire olympique", souligne un autre internaute Saleh Al-Thabiti sur son compte Twitter.

En plein débat sur la participation de Saoudiennes aux JO, Human Rights Watch avait rappelé le 25 juin que le sport était toujours interdit à des millions de femmes en Arabie saoudite.

"C'est un pas en avant important, mais il n'aborde pas les obstacles fondamentaux qui empêchent les femmes de participer aux sports dans le royaume", où les compétitions sportives publiques pour femmes sont interdites, avait souligné l'organisation.

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