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Syrie: la bataille d'Alep s'intensifie, Kofi Annan démissionne

02/08/2012 01:54 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

BEIRUT - BEYROUTH (Sipa) — La bataille d'Alep s'intensifie dans le nord de la Syrie, où les insurgés ont bombardé jeudi un aéroport militaire, grâce à un char pris aux forces gouvernementales. Les troupes de Bachar el-Assad ont quant à elles lancé de nouveaux assauts meurtriers près de Damas. En pleine escalade du conflit, le médiateur des Nations unies et de la Ligue arabe Kofi Annan a préféré annoncer jeudi sa démission, après des mois de vains efforts pour faire cesser les violences.

Sur le terrain, un char de l'insurrection a bombardé l'aéroport militaire de Menagh, près d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, une organisation de militants basée en Grande-Bretagne.

C'est le premier signe que les insurgés commencent à déployer les armes lourdes qu'ils ont prises aux forces gouvernementales syriennes. L'armée syrienne compte néanmoins toujours beaucoup plus de chars et blindés que les forces rebelles. Un peu plus tard, un village voisin a été bombardé par l'armée syrienne depuis la base même qui avait été visée par les insurgés.

L'utilisation des chars par l'insurrection représente néanmoins une nouvelle escalade dans ce conflit qui a fait au moins 19.000 morts, selon les estimations, depuis le début du mouvement de contestation contre le régime du président Bachar el-Assad en mars 2011.

Les insurgés ont lancé une offensive à Alep, la plus grande ville du pays avec trois millions d'habitants, il y a deux semaines. Ils se sont emparés de plusieurs quartiers, essentiellement des quartiers modestes en périphérie, et résistent aux assauts terrestres et aériens des troupes gouvernementales.

Des habitants avaient signalé jeudi qu'Internet et les téléphones portables fonctionnaient à peine depuis la veille au soir, laissant craindre une grande offensive gouvernementale sur Alep. Mais dans la journée, la ville a été le théâtre des combats habituels autour du bastion rebelle de Saladin et de bombardements, selon Abu Adel, un habitant interrogé par l'Associated Press. Les communications remarchaient mieux en fin d'après-midi.

D'importants bombardements ont aussi été signalés plus tôt dans la journée près de la ville d'Azaz à la frontière turque, aux mains des insurgés depuis plusieurs semaines avec un poste-frontière de ce secteur. D'autre part, sept personnes, principalement des femmes et des enfants, ont été tués dans le bombardement de leur village d'Abiyeen, à l'extérieur d'Alep, jeudi matin, a rapporté l'OSDH.

A Damas, le régime alaouite a annoncé avoir mené la veille au soir une série de raids contre l'insurrection dans des quartiers situés à la périphérie sud de la capitale, arrêtant ou tuant un "certain nombre de terroristes", le terme utilisé par le gouvernement pour désigner les insurgés.

Des opérations ont aussi eu lieu jeudi dans le district aisé de Muhajireen près du palais présidentiel à Damas. Selon un militant basé dans la capitale, Abu Qais, 20 personnes ont été arrêtées. D'après lui, au moins 20 autres personnes ont été tuées mercredi soir lors des raids dans le faubourg de Yalda. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme faisait état de son côté de 47 morts dans le faubourg d'Artouz.

Des vidéos mises en ligne sur Internet par des militants syriens montraient des piles de cadavres ensanglantés, beaucoup portant des traces visibles de balles. L'authenticité de ces vidéos ne pouvait toutefois être confirmée de source indépendante.

Le régime a aussi bombardé jeudi le faubourg de Tadamon, toujours en périphérie sud selon l'Observatoire.

Dans ce contexte, Kofi Annan, envoyé spécial des Nations unies et de la Ligue arabe depuis février, a annoncé qu'il quitterait son poste à la fin du mois. L'ancien secrétaire général de l'ONU, qui part sans avoir pu faire appliquer son plan de sortie de crise, a regretté la paralysie d'un Conseil de sécurité divisé, où la Russie et la Chine refusent toute sanction contre régime alaouite.

"Alors que le peuple syrien a désespérément besoin d'actes, les disputes continuent au Conseil de sécurité", a déclaré Kofi Annan aux journalistes. "Il est impossible pour moi ou pour n'importe qui de contraindre le gouvernement syrien et l'opposition à faire les pas nécessaires à la mise en place d'un processus politique."

"En tant qu'émissaire, je ne peux pas vouloir la paix plus que les protagonistes, plus que le Conseil de sécurité ou plus que la communauté internationale", a ajouté Kofi Annan.

Les cinq membres permanents de l'instance sont partagés entre les Etats-Unis, le Royaume-Unis et la France d'un côté, qui réclament le départ du président syrien Bachar el-Assad et la mise en place d'un gouvernement de transition, et de l'autre la Chine et de la Russie qui ont opposé leur veto à tout projet de résolution imposant des sanctions contre son régime.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a de son côté alerté jeudi sur la situation humanitaire en Syrie, estimant que près de trois millions de personnes auront besoin de nourriture et d'une aide pour le bétail au cours des 12 prochains mois, soit plus de 10% des 22 millions d'habitants.

L'administration Obama a annoncé pour sa part qu'elle allait débloquer 12 millions de dollars (9,84 millions d'euros) d'aide humanitaire pour les civils syriens. Cette nouvelle enveloppe porte à 76 millions de dollars (62,3 millions d'euros) le montant de l'aide américaine aux Syriens depuis le début du conflit en mars 2011.

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