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Syrie: Kofi Annan jette l'éponge et critique la communauté internationale

02/08/2012 01:55 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

GENÈVE - Frustré devant l'escalade de la violence en Syrie, Kofi Annan a annoncé jeudi qu'il quitterait ses fonctions d'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe dans ce pays à la fin du mois, en critiquant sévèrement l'incapacité de la communauté internationale à mettre un terme au chaos en Syrie.

Kofi Annan a déclaré aux journalistes que quand il avait accepté le poste d'émissaire spécial, «ce que certains qualifiaient de mission impossible», il voulait aider la communauté internationale à trouver une solution pacifique à la crise. L'objectif était de faire cesser les meurtres de civils et les violations des droits de la personne, de même que d'engager la Syrie sur la voie d'une transition.

«La gravité du coût humanitaire du conflit, et les menaces exceptionnelles que présente cette crise pour la paix et la sécurité internationales, justifiaient cette tentative d'assurer une transition pacifique vers une solution politique au conflit, malgré le défi immense que cela représentait», a dit M. Annan.

Mais l'ancien secrétaire général de l'ONU a affirmé qu'il ne pouvait assumer sa mission si les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU ne l'appuient pas entièrement.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont partagés entre les États-Unis, le Royaume-Uni et la France d'un côté, qui réclament le départ du président syrien Bachar el-Assad, et de l'autre la Chine et la Russie, qui ont opposé leur veto à tout projet de résolution imposant des sanctions au régime syrien.

«Les choses se sont désagrégées à New York», a-t-il résumé. «La militarisation croissante sur le terrain (en Syrie) et le manque évident d'unité du Conseil de sécurité ont fondamentalement changé les circonstances de mon rôle.»

Kofi Annan a été nommé émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe en février. Il a élaboré un plan en six points pour tenter de résoudre la crise syrienne, comprenant notamment un cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur en avril.

Malgré la présence de centaines d'observateurs de l'ONU sur le terrain, le cessez-le-feu n'a jamais été appliqué et le conflit s'est transformé en guerre civile. Depuis le début du soulèvement en Syrie, il y a 17 mois, au moins 19 000 personnes ont été tuées dans les violences, selon les militants de l'opposition.

M. Annan a informé le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil El Araby, qu'il quitterait ses fonctions à l'expiration de son mandat, le 31 août.

«Le bain de sang continue, en grande partie à cause de l'intransigeance du gouvernement syrien et de son refus continu d'appliquer le plan en six points, et aussi à cause de l'escalade de la campagne militaire menée par l'opposition, sans compter le manque d'unité de la communauté internationale», a déploré Kofi Annan.

«Au moment où nous en avons besoin, et au moment où le peuple syrien a désespérément besoin d'action, il continue d'y avoir des disputes au Conseil de sécurité», a-t-il affirmé.

M. Annan n'a pas nommé de membres du Conseil en particulier durant sa conférence de presse à Genève. Mais dans une lettre d'opinion publiée jeudi dans le «Financial Times», il appelle plusieurs pays à mettre de côté leur intérêt national et leurs rivalités pour résoudre la crise syrienne.

«Pour la Russie, la Chine et l'Iran, cela signifie qu'ils doivent faire des efforts concertés pour persuader le régime syrien de changer de direction et d'accepter la transition politique», a-t-il écrit. «Pour les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar, cela signifie de presser l'opposition d'accepter un processus politique inclusif, qui comprendra des communautés et des institutions présentement associées au gouvernement.»

La bataille d'Alep continue

Sur le terrain, les combats à Alep se sont poursuivis jeudi. Les insurgés ont bombardé l'aéroport militaire de Menagh grâce à un char pris aux forces gouvernementales. C'est le premier signe que les insurgés commencent à déployer les armes lourdes qu'ils ont prises aux forces gouvernementales.

Il y a deux semaines, les insurgés ont lancé une offensive à Alep, la plus grande ville de Syrie, avec trois millions d'habitants. Ils se sont emparés de plusieurs quartiers, surtout en périphérie, et résistent aux assauts terrestres et aériens des troupes gouvernementales.

Des résidants ont signalé jeudi qu'Internet et les téléphones portables fonctionnaient à peine depuis mercredi soir, ce qui fait craindre l'imminence d'une grande offensive gouvernementale sur la ville.

D'importants bombardements ont aussi été signalés jeudi près de la ville d'Azaz, à la frontière turque, tenue par les insurgés depuis plusieurs semaines.

Sept personnes, principalement des femmes et des enfants, ont par ailleurs été tuées dans le bombardement du village d'Abiyeen, près d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

À Damas, des opérations ont eu lieu jeudi dans le quartier aisé de Muhajireen, près du palais présidentiel. Selon un militant présent dans la villle, Abu Qais, 20 personnes ont été arrêtées.

D'après lui, au moins 20 personnes ont été tuées mercredi soir lors des raids menés par l'armée dans la banlieue de Yalda. L'Observatoire syrien des droits de l'homme a quant à lui rapporté 47 morts dans la banlieue d'Artouz.

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