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L'équipe canadienne de nage synchro révèle ses nombreux éléments innovateurs

02/08/2012 11:28 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

LONDRES - Après avoir passé des mois à s'entraîner dans le plus grand secret, les membres de l'équipe de nage synchronisée ont finalement révélé ce qu'elles ont concocté en vue des Jeux de Londres, jeudi, quand elles ont tenu leur premier entraînement au Centre aquatique du village olympique.

L'exercice avait surtout pour but de permettre aux nageuses de se familiariser avec les installations, mais c'était aussi une occasion d'épater la galerie — nommément, leurs rivales.

«J'ai dit aux filles que c'était la journée pour passer à l'attaque, a déclaré Julie Sauvé en racontant le discours qu'elle a livré à ses nageuses avant l'entraînement. Il fallait faire bonne impression, même s'il n'y a pas de juges sur place. Les gens se parlent, et c'est bon de créer une forte impression auprès des autres équipes.»

Ç'a été le cas, notamment, lors d'une double vrille horizontale que les Canadiennes ont effectuée, un mouvement inédit mettant en vedette Stéphanie Durocher et Valérie Welsh.

«Quand les Russes ont vu ça, elles m'ont regardée et fait 'wow!'», a fait savoir Sauvé après avoir vu ses nageuses profiter des 22 minutes allouées dans la piscine pour présenter trois de leurs quatre programmes au son des airs musicaux qu'elles ont choisis pour l'occasion. Elles ont manqué de temps pour le quatrième, la routine libre en duo.

Les Canadiennes ont toutefois pu compléter leurs programmes en équipe, tant technique que libre. Les entraîneuses de la Russie, l'Espagne et la Chine — les trois pays qui ont accédé au podium aux JO de Pékin et que le Canada cherchera à déloger dans l'épreuve par équipes à Londres — ont alors vu de quel bois se chauffent celles qui ont terminé au quatrième rang en 2008.

«On a innové avec plein de choses que les autres pays sont incapables de faire», a noté Sauvé, avec l'air fier d'un chat qui vient d'avaler la souris sans que personne ne s'en rende encore compte.

L'effet de surprise a été total, jeudi. Même si les Canadiennes ont présenté un spectacle sur invitation devant 1000 personnes à la Tour du Stade olympique, le 16 juin dernier avant leur départ vers l'Europe, aucune image n'a été affichée sur le Web depuis. Les spectateurs ont collaboré en ne filmant aucune image vidéo, comme on le leur avait demandé.

«Les gens avec qui j'ai parlé m'ont avoué qu'ils sont allés sans cesse sur YouTube pour essayer de trouver des choses sur nous, sans jamais trouver. Ils étaient intrigués, ils se demandaient ce qu'on allait faire, a raconté Sauvé. Ils savent que les Canadiennes sont du genre à innover, à repousser les limites.»

Et de toute évidence, ce que Marie-Pier Boudreau-Gagnon, Élise Marcotte et compagnie ont montré, jeudi à Londres, atteindra cet objectif. La routine libre, dont le thème est le cirque et comprend des chansons associées au Cirque du Soleil, incorpore plusieurs éléments innovateurs, d'une complexité sans précédent.

Outre la double vrille horizontale, on y retrouve un nombre accru de sorties d'eau, un saut périlleux arrière appuyé sur les mains, un plongeon arrière par-dessus une nageuse et une figure où les bras des huit nageuses, jumelés en quatre couples, sont attachés deux par deux. Les huit nageuses s'alignent par ailleurs pour former un éventail avec les jambes, en plaçant celles-ci à des angles différents.

La plupart des sorties d'eau sont effectuées par Stéphanie Durocher, dans son rôle de «flyer».

«Il a fallu repousser beaucoup mes limites au point de vue acrobatique, a indiqué Durocher, jeudi. Luc Belhumeur est entraîneur en ski acrobatique et il m'a enseigné à faire de mouvements qui n'ont jamais été faits avant. Il a fallu s'exercer à le faire en trampoline, d'un tremplin de plongeon et du bord de la piscine.»

L'équipe canadienne a choisi d'effectuer son double saut périlleux en fin de programme, alors que c'est un élément qui est habituellement exécuté en début de routine, avant que la fatigue ne se fasse trop sentir. Dans le même ordre d'idée, la double vrille horizontale survient en milieu de routine, plus tard que la normale.

«Comme c'est plus exigeant (physiquement) de le faire plus tard, c'est sûr que ça être payant s'il est bien exécuté», a souligné Marcotte, qui disputera également les épreuves en duo avec Boudreau-Gagnon.

L'entrée à l'eau, un élément conçu avec l'aide du Cirque du Soleil, sera également du jamais vu.

«Normalement, tous les 'decks' se ressemblent, a affirmé Sauvé. On a reviré ça pas mal à l'envers, vous allez voir.»

De leur côté, les partisans de l'équipe canadienne seront encouragés par ce que Sauvé a constaté du côté de la Chine et de l'Espagne, jeudi.

«J'étais allée en Chine (en mai) espionner l'équipe chinoise et j'ai alors enregistré leur programme en me disant qu'il y aurait beaucoup de changements ensuite, a dit Sauvé. Mais je les ai vues tantôt et elles n'ont rien changé. En plus, elles n'ont pas aussi bien nagé qu'en Chine.

«La meilleure nageuse de l'Espagne est blessée et elle n'a pas nagé (jeudi), a par ailleurs fait savoir Sauvé. Elle est restée au bord de la piscine et je l'ai vu pleurer. Je pense qu'elle a mal au dos. Elles se sont entraînées à sept au lieu de huit. Ça fait mal un peu. Moi, j'en ai une qui a le pied fêlé (Welsh), mais elle nage et elle peut faire tout.»

Les Russes, qui n'ont pas changé leur approche «depuis 15 ans», au dire de Sauvé, semblent toutefois l'avoir fait en vue des JO.

«Tout d'un coup, elles ont changé. Elles ont un programme libre qui est vraiment bien, avec une musique différente, autre chose que du classique. On a vu qu'il y avait maintenant un petit 'swing' qu'il n'y avait pas avant. Mais nous, on est dans ce mode-là depuis longtemps.»

La compétition en duo commencera dimanche avec le programme technique et durera trois jours. Le tour préliminaire et la finale du programme libre auront lieu lundi et mardi, respectivement. La compétition par équipes suivra jeudi et vendredi les 9 et 10 août, avec les programmes technique et libre.

Boudreau-Gagnon et Marcotte resteront à Londres pour se préparer pour les épreuves en duo tandis que le reste de l'équipe retournera à Sheffield, à deux heures et demie de train vers le nord, afin d'y poursuivre sa préparation jusqu'à mardi.

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