NOUVELLES

L'émissaire international Annan démissionne, combats à Alep et Damas

02/08/2012 12:10 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

Le médiateur international Kofi Annan a présenté sa démission jeudi après l'échec de ses efforts pour un règlement du conflit en Syrie où soldats et rebelles ne cessent de se livrer combat, surtout dans la ville stratégique d'Alep.

Les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL), formée de déserteurs et de civils ayant pris les armes, ont bombardé dans la journée un aéroport militaire près d'Alep (nord), deuxième ville de Syrie, alors qu'à Damas, l'armée ratissait des quartiers pour venir à bout des poches de résistance.

Les affrontements ne faiblissent pas non plus ailleurs dans le pays et selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui se base sur un large réseau de militants, au moins 51 personnes, dont 30 civils, ont encore péri jeudi.

Après des mois d'efforts vains pour tenter de régler par la voie pacifique le conflit déclenché en mars 2011 par un mouvement de contestation réprimé dans le sang par le régime, Kofi Annan, nommé le 23 février, a donné sa "démission" de son poste de médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie

M. Annan a informé l'ONU et la Ligue arabe "de son intention de ne pas renouveler son mandat quand il expirera le 31 août 2012", a annoncé le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon dans un communiqué.

"Je n'ai pas reçu tous les soutiens que la cause méritait. (...) Il y a des divisions au sein de la communauté internationale. Tout cela a compliqué mes devoirs", a expliqué de son côté M. Annan, lors d'une conférence de presse à Genève annoncée à la dernière minute par l'ONU.

M. Annan, qui s'était rendu à plusieurs reprises à Damas, avait proposé aux belligérants un plan de paix en six points prévoyant une cessation des combats et une transition politique, mais ce plan appuyé par le Conseil de sécurité de l'ONU, n'a jamais été appliqué.

La "transition" signifie que le président Bachar al-Assad doit "tôt ou tard" partir, a-t-il dit.

M. Ban a dit avoir entamé des consultations avec la Ligue arabe pour nommer "rapidement" un successeur, mais jugé que les "divisions persistantes au Conseil de sécurité (...) rendent le travail de tout médiateur beaucoup plus difficile", en référence au blocage des résolutions occidentales par Moscou et Pékin, alliés de Damas.

La Russie a dit "regretter" la décision de M. Annan, en soulignant avoir soutenu ses efforts.

Damas, profitant des divisions internationales, continue de réprimer la révolte et se dit déterminé à en finir avec les insurgés et les opposants, les qualifiant de "terroristes".

D'ailleurs, M. Assad a affirmé mercredi que l'armée livrait une bataille "cruciale" pour le destin de la Syrie, la bataille pour le contrôle d'Alep étant jugée décisive par les rebelles et le pouvoir.

Jeudi, les insurgés ont bombardé à l'aide d'un char pris aux soldats l'aéroport militaire de Menagh (30 km au nord-ouest d'Alep), a indiqué l'OSDH. Un journaliste de l'AFP a entendu des bombardements et vu des tirs provenant de cette direction.

Des rebelles ont affirmé qu'il s'agissait "d'une attaque pour prendre cet aéroport d'où partent les hélicoptères et les avions qui tirent sur Alep", où les combats font rage depuis le 20 juillet.

Les insurgés affirment contrôler la moitié de cette ville où l'armée bombarde les quartiers rebelles sans avancer sur le terrain.

Selon une source de sécurité, à "l'étape actuelle, il s'agit d'observer, de tester le système de défense des terroristes, de découvrir leurs cachettes avant de les annihiler en menant une opération chirurgicale".

Il est néanmoins très difficile d'avoir une idée claire de la situation sur le terrain en raison de l'absence de sources indépendantes et des restrictions imposées aux médias.

A Damas, de violents combats ont éclaté à Tadamoun, quartier du sud où il "reste encore beaucoup de rebelles", selon l'OSDH. Et pour la première fois, une vingtaine de jeunes hommes ont été arrêtés à Mouhajirine (nord), quartier huppé de la capitale où se trouve l'un des deux palais présidentiels.

Cette spirale de violences a poussé à la fuite des centaines de milliers de personnes et provoqué une crise humanitaire, l'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) faisant état de trois millions de Syriens ayant un besoin urgent de nourriture et d'aide.

Le secteur agricole a perdu cette année au total 1,8 milliard de dollars, selon la FAO et le chômage est en hausse 25% selon les experts, alors que 30% des petites et moyennes entreprises ont dû fermer, d'après Sonia Khanji, membre de la Chambre de commerce de Damas.

Les violences et les sanctions internationales ont poussé l'inflation à des niveaux sans précédent: 22,5% pour le premier trimestre 2012 contre 4,6% en 2011, selon la Banque centrale. Elles ont également provoqué la dépréciation de 50% de la valeur de la livre syrienne par rapport au dollar.

Le président américain Barack Obama a dans ce contexte annoncé 12 millions de dollars d'aide humanitaire supplémentaire pour la Syrie, où plus de 20.000 personnes ont péri dans les violences en plus de 16 mois de conflit, d'après l'OSDH.

bur-tp/sbh

PLUS:afp