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Les Somaliens prient, sceptiques, pour la paix après la transition politique

02/08/2012 03:21 EDT | Actualisé 01/10/2012 05:12 EDT

Assis à l'extérieur d'un bâtiment délabré du quartier gouvernemental ultra-sécurisé de Mogadiscio, Ali Hussein fait un geste de dédain à l'évocation de la classe politique somalienne.

"Ce n'est que corruption, que vol, que lutte," lance le sexagénaire. "Le président, tous, ils ne sont que milices, milices, milices."

Ces dirigeants doivent pourtant dessiner l'avenir politique de la Somalie, à l'occasion de ce que la communauté internationale, qui soutient à bout de bras les institutions actuelles, qualifie de meilleure chance pour la paix en plus de 20 ans. La Somalie est en état de guerre civile, sans gouvernement central effectif, depuis la chute du président Siad Barre en 1991.

Le gouvernement fédéral de transition (TFG), qui en huit ans a été incapable de restaurer cette autorité centrale, doit en principe passer la main le 20 août à des institutions permanentes et clore une longue période largement infructueuse.

Le passage de relais intervient alors que l'embryon d'armée somalienne, appuyée par une force de l'Union africaine d'environ 17.000 hommes a engrangé des gains militaires contre les insurgés islamistes shebab, également sous pression de l'armée éthiopienne entrée en Somalie en novembre.

Toutes les tentatives pour restaurer une réelle autorité centrale en Somalie ont jusqu'ici échoué.

Cette fois encore, la fin annoncée de la transition reste assez théorique: la situation étant trop instable pour organiser des élections, ce sont des chefs coutumiers locaux, non élus, qui vont choisir les nouveaux députés et le président du pays.

Mercredi, une Constitution provisoire a été adoptée, qui pourra encore être amendée par le prochain Parlement et devra être soumise à référendum.

Les mêmes dirigeants, pourtant accusés de corruption massive, risquent de rester aux manettes.

"Au début, on espérait que le changement de gouvernement évacuerait certains des hommes politiques les moins désirables et aiderait à créer un gouvernement réellement représentatif et +permanent+," dit Ej Hogendoorn, du centre de réflexion International Crisis Group. "Il est très peu probable que cela se produise, car un petit groupe d'hommes politiques a pris en otage le processus."

Parmi les dirigeants susceptibles de rester: l'actuel président Sharif Cheikh Ahmed et le président du Parlement Sharif Hassan Cheikh Adan. Leurs deux noms apparaissent dans des scandales de corruption dénoncés dans un rapport de l'ONU.

Sharif Cheikh Ahmed, chef de l'Etat depuis 2009, a rejeté les accusations, qui, selon lui, visent à ébranler la fragile convalescence de la Somalie. Il affirme que des progrès, certes modestes, ont été accomplis.

"Nous avons commencé à reconstruire les institutions gouvernementales, et aujourd'hui vous pouvez vous rendre dans n'importe quel ministère et trouver (les ministres) dans leurs bureaux," se félicite-t-il.

Quels que soient les prochains dirigeants - et le délai du 20 août risque de ne pas être tenu -, pacifier le pays restera une tâche titanesque.

"La plus grande force, c'est le peuple de Somalie. Ils sont fatigués de la violence et ils ont goûté à la paix et la stabilité," estime Augustine Mahiga, représentant spécial de l'ONU pour la Somalie.

A Mogadiscio, les Somaliens profitent de la bouffée d'oxygène apportée par l'éviction des shebab de la capitale en août 2011. Les rues sont désormais pleines d'échoppes et dans la journée les gens sirotent le thé en bordure de routes embouteillées.

A l'aéroport, Muhamud Hassan attend l'avion qui le ramène en Ouganda. "Parmi la diaspora, tellement de gens reviennent voir la situation," dit-il. "Regardez Damas, c'est ce à quoi ressemblait Mogadiscio, mais maintenant c'est beau ici, il y a la paix."

M. Hassan, parti il y a cinq ans, vient de passer trois mois à Mogadiscio : il envisage d'y ouvrir une échoppe de fruits et légumes et prie pour que les rivalités ne replongent pas la ville dans le chaos.

"Cheikh Sharif ou un nouveau président, j'espère simplement que la paix durera," dit ce père de 10 enfants. "Pour ma famille, je vais peut-être attendre encore un an, et si ça va encore, peut-être qu'ils pourront aussi rentrer."

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