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Le meurtre d'une femme battue scandalise les Palestiniennes

02/08/2012 12:13 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

BETHLEHEM, Palestine - BETHLEEM (Sipa) — Le meurtre d'une femme battue, lundi, en plein marché à Bethléem, en Cisjordanie, a déclenché la colère de Palestiniennes qui estiment que la société est complaisante vis-à-vis des hommes violents.

Nancy Zaboun, une mère de famille de 27 ans, a été égorgée lundi alors qu'elle sortait d'une audience de divorce. Arrêté sur place, son mari Shadi Abedallah, 32 ans, fait figure de principal suspect, selon les autorités.

Si ce meurtre a ému les Palestiniens, les violences contre les femmes continuent à être tolérées et les maris violents sont rarement condamnés, affirment des militantes des droits des femmes.

Shadi Abedallah était si violent avec sa femme qu'elle était régulièrement hospitalisée, raconte Haula al-Azraq, qui dirige un centre d'aide où Nancy Zaboun était venue chercher du soutien. Pour autant, M. Abedallah n'a jamais été arrêté, la police lui faisant seulement promettre de ne plus battre sa femme, ajoute Haula al-Azraq.

Mercredi, des dizaines de femmes ont rendu hommage à Nancy Zaboun dans l'allée du marché où elle a été tuée, près de l'église de la Nativité. Munies de pancartes, elles ont scandé: "Non aux violences contre les femmes".

Rabiha Diab, ministre des droits des femmes au sein du gouvernement de l'Autorité palestinienne, s'est dite touchée par le meurtre de Nancy Zaboun. "Régulièrement, il y a une affaire qui nous fait craindre un retour à la case départ", a-t-elle déclaré, ajoutant que les organismes chargés de faire respecter la loi doivent réfléchir à leurs actions pour protéger les femmes. "Nous devrions faire un exemple, car (...) il l'a égorgée comme un mouton", ajoute Rabiha Diab, à propos du meurtrier de Mme Zaboun.

Selon Haula al-Azraq, les violences faites aux femmes semblent en hausse à cause de la situation économique préoccupante et du fait que les agresseurs ne craignent pas d'être punis.

En 2012, 12 femmes ont été tuées par des membres de leur famille, dont trois dans des "crimes d'honneur", selon Farid al-Attrash, de la Commission palestinienne indépendante pour les droits de l'Homme.

En 2011, 13 femmes ont été tuées par des proches, ou dans des circonstances le laissant penser, selon M. al-Attrash.

Les lois tribales demeurent fortes et les violences contre les femmes sont généralement considérées comme des affaires internes aux familles par la police.

Toutefois, l'an dernier, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a signé un décret mettant fin au traitement complaisant des meurtres familiaux.

Le ministre de la Justice, Ali Mohanna, a déclaré que ces meurtres étaient désormais considérés comme les autres crimes et que la protection de "l'honneur familial" n'était plus prise en compte. Le mari de Nancy Zaboun pourrait être puni de la prison à vie s'il était jugé coupable, a précisé M. Mohanna.

cf/AP-v/sb

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