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Le gouvernement transitoire, priorité de l'opposition syrienne

02/08/2012 08:06 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

La création d'un gouvernement de transition est devenue la priorité de l'opposition syrienne après les succès remportés par les rebelles sur le terrain mais sa composition fait débat notamment entre les civils de l'extérieur et les combattants de l'intérieur.

Un tel gouvernement devrait s'installer dans les "zones libérées" par l'opposition, à l'image de ce qui s'est passé en Libye où les insurgés contre le colonel Mouammar Kadhafi avaient établi leur base à Benghazi (est).

"Un gouvernement national de transition s'impose à mesure que le régime perd le contrôle de régions", estimaient jeudi les Comités locaux de coordination (LCC), un influent réseau de militants sur le terrain.

"Ceci est indispensable pour l'organisation des zones libérées, pour la coordination des activités des forces révolutionnaires au niveau national et pour établir un interlocuteur avec les gouvernements du monde", ajoutent-ils.

Mais sa composition reste délicate car l'opposition est fragmentée.

"Ces divisions s'expliquent par l'absence de vie politique en Syrie depuis une demi-siècle, par les ego de certains opposants et aussi par le fait que des composantes de l'opposition dépendent de forces extérieures, ce qui complique les choses", explique Khattar Abou Diab, qui enseigne les relations internationales à l'Université de Paris-Sud.

Pour les surmonter, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a créé le 27 juillet à Doha deux commissions: l'une pour discuter avec l'Armée syrienne libre (ASL) et les militants de l'intérieur, l'autre avec les opposants qui ne sont pas membres du CNS "afin de préparer la formation d'un gouvernement de transition par consensus" entre toutes les factions.

Pas de gouvernement avec des symboles du régime

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La forme que prendra ce gouvernement reste encore floue. Pour le moment, le CNS a rejeté, à l'issue d'un débat très vif, l'idée d'un gouvernement hybride réunissant opposants et personnalités "acceptables du régime".

Cette discussion avait eu lieu après que le nom du général Manaf Tlass, ami du président Bachar al-Assad, qui a fait défection en juillet, eut circulé pour diriger un gouvernement d'union.

"Les contacts actuels n'incluent aucune personnalité du régime actuel. Ils (tentent de) trouver une solution consensuelle qui représentera réellement l'opposition et les révolutionnaires sur le terrain", confie à l'AFP Bachar Hrak, membre du CNS.

Si les discussions sont ardues entre ceux qui vivent en exil depuis des années pour avoir combattu très tôt le régime et les déserteurs ou jeunes combattants ayant pris récemment les armes, il semble aujourd'hui certain que le rapport de force soit en faveur de ces derniers.

"Ceux qui versent leur sang et mènent la guerre de libération ont leur mot à dire et ne doivent pas être marginalisés", reconnaît M. Hrak.

L'annonce mardi par l'opposant Haytham al-Maleh d'un gouvernement en exil qui serait basé au Caire a fait long feu.

L'ASL de l'intérieur a de son côté annoncé son propre plan de transition avec la constitution d'un "conseil supérieur de défense regroupant les chefs militaires des villes et des provinces syriennes ainsi que les plus importants officiers ayant fait défection ou ayant participé à la révolution".

Cette instance choisira ensuite "un conseil présidentiel de six personnalités politiques et militaires pour diriger le pays durant la période transitoire", a-t-elle indiqué.

Cette proposition a été rejetée par Riad Assaad, le chef officiel de l'ASL, basé en Turquie.

Le colonel Assaad, dont les relations sont notoirement mauvaises avec la direction militaire des rebelles de l'intérieur, a accusé cette dernière d'être engagée "avec fièvre" dans une "course à des postes".

"Il s'agit d'une tentative claire pour utiliser (à leur profit) la révolution et le sang des martyrs", s'est-il insurgé.

Pour le colonel Kassem Saadeddine, porte-parole de l'ASL de l'intérieur, tout projet de gouvernement transitoire repose sur la victoire d'Alep.

"C'est une bataille cruciale, car si l'opposition gagne, elle entend créer une zone sécurisée qui servira de base de départ pour la conquête de Damas".

rd/sk/ram/vl

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