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Kofi Annan, un médiateur en manque de soutien (PORTRAIT)

02/08/2012 01:59 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

Pourtant tenace et fort d'une expérience de 10 ans à la tête de l'ONU, Kofi Annan, qui a démissionné jeudi de son poste de médiateur dans la crise syrienne, aura lutté contre vents et marées pour tenter sans succès d'imposer un plan de paix.

"J'ai fait de mon mieux", a déclaré M. Annan lors d'une conférence de presse à Genève.

Ce diplomate ghanéen de 74 ans à la voix douce, parfois à peine audible, n'a pas ménagé sa peine depuis sa nomination à ce poste, le 23 février dernier. Il s'est rendu à trois reprises en Syrie, en mars, mai et juillet, pour y rencontrer notamment Bachar al-Assad mais sans pouvoir faire avancer les objectifs de son plan de paix.

Les divisions persistantes au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, où Russie et Chine bloquent systématiquement tout projet de résolution, ont aussi rendu son travail beaucoup plus difficile.

Son échec sur la Syrie lui aura sans doute rappelé les douloureux souvenirs de la guerre en Bosnie et du génocide au Rwanda. Kofi Annan, qui était alors chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, n'avait rien pu faire pour empêcher la mort de 8.000 musulmans à Srebenica (Bosnie) en 1995. Cela "restera à jamais une page sombre de l'histoire des Nations unies", avait-il d'ailleurs reconnu.

Il avait aussi estimé qu'il aurait pu "faire davantage" pour stopper le massacre de 800.000 personnes, selon l'ONU, au Rwanda en 1994.

Pour appuyer son action en Syrie, M. Annan aurait aimé être davantage soutenu.

"Je n'ai pas reçu tous les soutiens que la cause méritait", a affirmé, amer, l'ancien secrétaire général de l'ONU (1997-2006).

Kofi Annan apparaissait pourtant comme la personne idéale pour ce rôle complexe de médiateur.

"Pour ce genre de mission le choix de Kofi Annan est tout à fait logique", estimait ainsi James Traub, un de ses biographes, à l'occasion de sa nomination en février. "Il a un vrai don de persuasion, ses manières sont si calmes et courtoises que ses interlocuteurs le croient faible alors qu'il n'est tout simplement pas aveuglé par son ego".

Pour M. Traub, Kofi Annan se sert "en stratège" de cette modestie apparente pour convaincre ses interlocuteurs "de faire des concessions qu'ils n'auraient pas faites dans un cadre plus conflictuel".

Il n'y a pas de personnalités plus contrastées que Kofi Annan et Richard Holbrooke. Pourtant, le flamboyant diplomate américain, négociateur des accords de Dayton sur la Bosnie, l'avait qualifié en 2001 de "meilleur secrétaire général dans l'histoire des Nations unies".

En octobre 2001, Kofi Annan obtenait, conjointement avec l'ONU, le prix Nobel de la Paix.

En dix ans à la tête de l'ONU (1997-2006), il avait contribué à rehausser le prestige de l'institution. Mais son deuxième mandat avait été terni par le scandale du programme "pétrole contre nourriture" en Irak en 2005 et par des cas de corruption au sein de l'administration onusienne.

Sous sa direction, le sommet du Millénaire a permis de prendre des engagements collectifs visant à réduire de moitié la pauvreté d'ici à 2015.

Après son départ de l'ONU fin 2006, ses tentatives pour s'entremettre dans divers dossiers complexes --Kenya, Côte d'Ivoire ou réchauffement climatique-- ont connu des fortunes diverses.

Au Kenya, M. Annan avait oeuvré pour faire cesser les violences qui ont suivi l'élection présidentielle contestée de décembre 2007 et fait plus de 1.500 morts.

Mais en Côte d'Ivoire, le groupe de sages dit des Elders (Anciens) auquel il appartient avec le sud-africain Desmond Tutu et l'américain Jimmy Carter avait échoué à convaincre Laurent Gbagbo de respecter le verdict des urnes.

En 2007, Kofi Annan avait fondé à Genève où il s'est installé, le "Forum humanitaire mondial", qui ambitionnait de mobiliser gouvernements et grandes entreprises pour gérer les conséquences du changement climatique. Croulant sous les dettes, le Forum avait dû fermer ses portes trois ans plus tard.

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