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JO-2012 - Jeux vus d'ailleurs - A Kaboul, les Jeux l'arme au pied

02/08/2012 05:40 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

A Kaboul, au coeur d'un Etat en guerre depuis plus de trois décennies, le spectacle olympique ne peut se vivre comme partout ailleurs. Dans un bar de la base militaire de la capitale, les soldats français savourent les Jeux un verre à la main... fusil au pied.

"Le Montmartre", fief tricolore du camp de Warehouse, ferait presque oublier par son décor le pays dans lequel il se situe. Murs et comptoir de brique rouge, peinture de l'Arc de Triomphe... Le lieu se veut un petit coin de France au coeur de l'Afghanistan.

Les soldats y aspirent à la détente. Et à l'oubli d'une situation parfois difficile. Généralement calme, Kaboul peut se muer en un instant en ville assiégée. Les talibans y ont lancé le 15 avril une série d'attaques coordonnées. Dix-sept heures de combats ont fait 51 morts, dont 36 assaillants.

Warehouse, ce même jour, avait également été visé. Au total, plus de 3.000 soldats de l'Otan, qui se battent contre les forces anti-gouvernementales, sont morts en Afghanistan à ce jour depuis l'arrivée de la coalition à la fin 2001. Dont 87 Français.

Les militaires étrangers, cible privilégiée des talibans, vivent conditionnés pour faire face au danger. Tous leurs déplacements, même dans Kaboul, se font dans des véhicules blindés, le casque sur la tête et harnachés dans des gilets pare-balles. Le fusil à portée de main.

Des règles de sécurité strictes sont de rigueur sur les bases militaires. Quand le sergent chef Sébastien, 36 ans, et le sergent Pierre, 25 ans, prennent l'apéritif le soir, leur Famas (ndlr: fusil d'assaut) les accompagne, en cas d'attaque.

"On a vraiment l'habitude de l'avoir toujours avec nous. C'est quand on rentrera en France qu'on se dira: "tiens, je n'ai pas oublié quelque chose?", sourit le sergent Pierre.

Dans de telles circonstances, les jeux Olympiques peuvent "permettre de s'évader", remarque le sergent chef Sébastien. "Ici, à part internet et le téléphone à à la famille, il n'y a pas grand chose à faire" en fin de journée, observe ce fan de natation.

"Dans notre section, on a une télé. A chaque pause, on regarde les JO", raconte le sergent Pierre, ancien handballeur. Pour des raisons de sécurité, l'armée française refuse que les noms de famille des soldats -hors gradés- soient communiqués.

Quelques tables plus loin, cinq militaires, à peine arrivés de Surobi, un district anciennement sous contrôle hexagonal que l'armée française a quitté mardi, regardent d'un oeil distrait un concours équestre diffusé sur écran géant.

"Il n'y a pas le même engouement que pendant l'Euro (de football). Durant ce tournoi, on organisait des soirées spéciales avec des Italiens, des Allemands... Pour les JO, personne ne l'a demandé", observe un communicant de l'armée française.

La tendance est la même pour les Afghans, où le championnat d'Europe de football, sport roi, faisait davantage recette. La télévision nationale retransmet bien les Jeux quelques heures par jour, avec succès selon l'un de ses cadres.

Mais nombre d'Afghans invoquent le ramadan, les horaires tardifs des principales rencontres ou encore le faible taux d'équipement en télévisions pour justifier leur intérêt relatif pour Londres-2012. Malgré l'envoi de 6 athlètes, 5 hommes et 1 femme.

Les attaques quotidiennes, qui continuent de rythmer la vie de la population, font en outre passer les Jeux au second rang. Les valeurs de paix de l'olympisme passent relativement inaperçues en Afghanistan.

jf/pga/heg

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