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Égypte: le «gouvernement du peuple» prête serment pour affronter de grands défis

02/08/2012 12:57 EDT | Actualisé 02/10/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Le premier gouvernement égyptien formé depuis l'élection du président islamiste Mohammed Morsi a prêté serment jeudi au Caire.

Le premier ministre, Hesham Kandili, a demandé aux Égyptiens de s'unir derrière son gouvernement, en promettant qu'il représenterait toutes les franges de la population.

La composition du gouvernement de 35 membres semble avoir été conçue pour éviter une impression de domination des Frères musulmans. Le cabinet comprend plusieurs membres du gouvernement sortant choisi par les militaires, et une majorité de technocrates. Les Frères musulmans ont tout de même obtenu quatre ministères, dont le stratégique ministère de l'Information, qui supervise la presse officielle.

Le maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense d'Hosni Moubarak pendant 20 ans, conserve ce poste. Il est le chef du Conseil suprême des forces armées qui a dirigé le pays après la démission de Moubarak l'an dernier. L'armée avait expliqué il y a plusieurs semaines qu'elle se réservait le droit de choisir le ministre de la Défense.

Les ministres sortants des Finances et des Affaires étrangères restent eux aussi à leur poste, probablement pour rassurer la communauté internationale et montrer qu'il n'y aura pas de changements radicaux dans ces domaines à court terme.

Le gouvernement ne compte que deux femmes, dont une chrétienne, et aucun représentant des mouvements de jeunes à l'origine du soulèvement qui a fait chuter le président Moubarak. Le premier ministre a tout de même tenté de rallier l'appui des groupes laïques progressistes en affirmant que l'objectif de son gouvernement était de mettre en application son slogan: «Pain, liberté et justice sociale».

Il s'agit du premier gouvernement formé depuis l'investiture, le 30 juin, du président Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans. L'installation du nouveau gouvernement survient à un moment de tensions renouvelées en Égypte, face à la dégradation de la sécurité, des récentes violences interconfessionnelles et du mécontentement populaire grandissant.

Signe du chaos qui persiste dans le pays, une personne a été abattue par la police jeudi quand des centaines d'émeutiers ont attaqué un hôtel chic du centre du Caire. Les assaillants ont lancé des cocktails Molotov contre l'hôtel, saccagé le hall et mis le feu à une dizaine de véhicules, a déclaré un responsable de la sécurité sous le couvert de l'anonymat.

Les émeutiers provenaient d'un bidonville situé derrière l'hôtel, composé de deux gratte-ciel qui comprennent aussi un centre commercial clinquant et des bureaux. Plusieurs résidants du bidonville embauchés pour assurer la sécurité de l'hôtel ont tenté d'entrer dans l'établissement pour collecter l'argent qui leur était dû. La police les a empêchés d'entrer, ce qui a déclenché l'altercation. Un policier a ouvert le feu et a tué l'un des manifestants.

Un peu plus tard, une foule d'environ 500 personnes est revenue et a attaqué l'hôtel, d'après le responsable de la sécurité interrogé par l'Associated Press.

Cette semaine dans le village de Dashour, au sud du Caire, des violences interconfessionnelles ont poussé presque tous les chrétiens de la localité à fuir les lieux. Les affrontements ont commencé par une dispute personnelle entre un chrétien et un musulman, qui a dégénéré.

Lors d'une conférence de presse avant l'investiture de son gouvernement, le premier ministre a souligné les «graves défis» que l'Égypte doit maintenant affronter.

«Nous sommes tous des Égyptiens de la République arabe d'Égypte. La période qui vient ne sera pas facile, c'est le moins qu'on puisse dire, et nous sommes tous dans le même bateau», a déclaré M. Kandili. «Ceci est le gouvernement du peuple, et il n'appartient à aucune tendance en particulier.»

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