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Rassemblements au Darfour après la mort de manifestants, un responsable tué

01/08/2012 12:01 EDT | Actualisé 01/10/2012 05:12 EDT

Le Darfour, région de l'ouest du Soudan secouée par une flambée de violences, a connu mercredi de nouveaux rassemblements contre le régime de Khartoum, réclamant justice au lendemain de la mort de huit manifestants.

Parallèlement, un responsable local a été tué dans une embuscade, menée par des hommes armés dans la localité de Kutum, dans le Nord-Darfour.

"Nous voulons la justice", ont crié les manifestants, des jeunes pour la plupart rassemblés à Nyala, capitale du Sud-Darfour, qui exigent "un châtiment" après la mort la veille de manifestants qui protestaient dans cette même ville contre la hausse des prix, selon des témoins.

La police a fait de nouveau usage de gaz lacrymogènes alors que des tirs à l'arme à l'arme automatique étaient entendus, sans qu'il ait été fait état de blessés, ont ajouté les témoins.

Selon eux, les manifestants, qui ont brûlé des pneus, réclament le départ du gouverneur de l'Etat du Darfour-Sud et du gouvernement à Khartoum.

Les décès de mardi sont les premiers officiellement confirmés depuis le début le 16 juin d'un mouvement de contestation à travers le Soudan.

Selon la police, citée par l'agence officielle SUNA, mardi "huit personnes ont été tuées et 24 blessées, dont trois policiers dans un état grave". De son côté, un militant de Sudan Change Now, un mouvement de jeunes, a accusé les forces de l'ordre d'avoir tiré à balles réelles sur les manifestants et a fait état de 12 morts.

Selon des témoins, les manifestants s'étaient rassemblés mardi près du marché de Nyala. Ils ont jeté des pierres contre des bâtiments gouvernementaux et bloqué des rues en faisant brûler des pneus. Les forces de l'ordre ont riposté à coups de gaz lacrymogènes.

"La manifestation a éclaté car les étudiants ont rejeté la hausse du prix des transports annoncée par le gouvernement", avait expliqué mardi Bothina Mohmed Ahmed, porte-parole du gouvernement de la province du Darfour-Sud.

"D'autres groupes", qu'elle n'a pas identifiés, ont attaqué les bâtiments publics durant la protestation à Nyala, avait-elle ajouté. "Mais maintenant la situation est sous contrôle" et les autorités "ont un plan pour sécuriser la ville dans les prochains jours".

A Nyala, les habitants sont en outre confrontés à une grève des chauffeurs de transports publics qui protestent contre la hausse des prix de l'essence.

Un habitant a rapporté mercredi que la radio locale avait annoncé la fermeture des écoles, ajoutant que la police était déployée dans la ville avant même les nouvelles manifestations. Le principal marché de la ville était également fermé mercredi.

Le régime du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 23 ans, est régulièrement confronté à des manifestations depuis que des étudiants de l'Université de Khartoum sont descendus dans les rues le 16 juin pour protester contre la hausse des prix des produits alimentaires.

Le mouvement de contestation s'est ensuite répandu à travers le pays après l'annonce par le gouvernement d'un plan d'austérité prévoyant notamment une hausse des taxes et supprimant les subventions aux carburants.

Dans d'autres violences au Darfour, Abdelrahmane Mohammed Eissa, chef du district d'Al-Waha dans l'Etat du Nord-Darfour, a succombé à ses blessures à l'hôpital après avoir été victime d'une attaque par des hommes armés dans la localité de Kutum, a rapporté SUNA.

Les vols de voitures sont monnaie courante au Darfour mais de telles attaques contre des responsables gouvernementaux sont rares dans le pays.

Le banditisme, les violences tribales et les combats entre rebelles et armée soudanaise font partie du quotidien au Darfour même s'ils sont d'un degré moindre que durant le pic des violences de 2003-2004, après le soulèvement des tribus non arabes contre le régime de Khartoum.

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