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Le meurtre d'une Palestinienne par son mari suscite l'émoi en Cisjordanie

01/08/2012 05:46 EDT | Actualisé 01/10/2012 05:12 EDT

BETHLÉEM, Territoire palestinien - Le meurtre d'une femme battue en début de semaine dans un marché en plein air de Bethléem, en Cisjordanie, a déclenché la colère des Palestiniennes, qui estiment que la société est trop complaisante envers les hommes violents.

Nancy Zaboun, une mère de trois enfants âgée de 27 ans, s'est fait trancher la gorge lundi à Bethléem après avoir demandé le divorce de son mari des dix dernières années, qui la maltraitait. Le mari a été arrêté sur les lieux et il est considéré comme le principal suspect du meurtre, ont indiqué des responsables en Cisjordanie.

La brutalité du meurtre a ébranlé la société palestinienne. Mais dans les Territoires palestiniens comme ailleurs dans le monde, la violence contre les femmes continue d'être tolérée et les maris violents sont rarement punis, affirment des militants des droits de la personne.

Nancy Zaboun était régulièrement battue par son mari, Shadi Adeballah, âgé de 32 ans. À certaines occasions, elle a même dû être hospitalisée, selon Khaula al-Azraq, qui dirige un centre d'aide aux femmes que Mme Zaboun a déjà fréquenté.

Malgré tout, Shadi Adeballah n'a jamais été arrêté pour son comportement violent. La police lui a seulement fait signer des documents dans lesquels il a promis de cesser de battre sa femme, selon Mme Al-Azraq. Le mari est lui-même un ancien policier, a-t-elle précisé.

Nancy Zaboun a été tuée après une audience de justice au sujet de sa demande de divorce. Elle marchait dans les allées étroites d'un marché en plein air de Bethléem, situé près de la basilique de la Nativité, quand elle a été tuée.

Mercredi, plusieurs dizaines de femmes palestiniennes ont érigé un petit monument commémoratif dans le marché où Nancy Zaboun a été assassinée. Elles ont manifesté en scandant «Non à la violence contre les femmes». L'une de leurs pancartes disait: «Honte à nous, Palestiniens qui tuent des femmes».

Les femmes ont fait beaucoup de progrès dans la société palestinienne au cours des dernières années, notamment dans le domaine public. Mais les violences contre les femmes y sont généralement considérées comme des problèmes familiaux personnels.

Selon Khaula al-Azraq, les violences contre les femmes dans les Territoires palestiniens semblent être en hausse à cause de la détérioration de la situation économique, et parce que les agresseurs ne craignent pas d'être punis.

L'an dernier, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a signé un décret qui a mis fin à l'indulgence face aux meurtres au sein des familles. Ces «meurtres familiaux» sont désormais considérés sur le même pied d'égalité que les autres, a indiqué le ministre palestinien de la Justice, Ali Mohanna. Les allégations des meurtriers qui affirment avoir voulu sauver l'honneur de la famille ne sont plus prises en considération, a assuré le ministre.

Le mari de Nancy Zaboun pourrait être condamné à la prison à vie s'il est reconnu coupable, a indiqué M. Mohanna.

En 2011, 13 femmes palestiniennes ont été tuées par des membres de leur famille ou dans des circonstances suspectes attribuées à leurs proches, selon Farid al-Attrash, de la Commission palestinienne indépendante pour les droits de la personne. Depuis le début de 2012, 12 Palestiniennes ont été tuées par leurs proches, a-t-il ajouté.

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