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La rébellion syrienne revendique des victoires à Alep, l'opposition divisée

31/07/2012 02:35 EDT | Actualisé 30/09/2012 05:12 EDT

Les rebelles syriens ont revendiqué mardi plusieurs victoires dans la ville d'Alep en s'emparant de symboles du pouvoir et tuant 40 policiers, au moment où l'opposition étalait ses divergences sur un gouvernement en exil.

Au Caire, l'opposant Haytham al-Maleh, 81 ans, a annoncé avoir été chargé par une coalition de Syriens "indépendants" de former un gouvernement en exil qui sera basé au Caire, une décision critiquée par le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition.

Sur le terrain, les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) ont enregistré de nouveaux succès en prenant le contrôle de trois commissariats de police à Alep, capitale économique du pays et théâtre de combats sans précédent depuis le 20 juillet.

Au moins 61 personnes ont été tuées dans les violences à travers le pays, dont 40 policiers lors de ces assauts menés par des "centaines de rebelles" à Alep, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Selon un correspondant de l'AFP sur place, le chef d'un des commissariats, le général Ali Nasser, qui a participé, selon les rebelles, à la répression de la révolté lancée en mars 2011, et un autre policier ont été tués. L'officier gisait sur la chaussée en T-shirt blanc, son corps transpercé de balles.

Selon les rebelles, la prise des commissariats vise à unifier les territoires tenus par les insurgés dans la ville située à 355 km au nord de Damas.

L'armée et les rebelles continuaient d'envoyer des renforts vers Alep "pour une bataille décisive qui devrait durer des semaines" selon une source de sécurité syrienne. "L'armée encercle les quartiers rebelles, bombarde mais va prendre son temps avant de se lancer à l'assaut".

Les rebelles ont aussi attaqué au lance-roquettes RPG à Alep le siège du tribunal militaire et une branche du parti Baas au pouvoir, et combattu l'armée près du siège des renseignements aériens et à la périphérie du quartier Salaheddine (sud-ouest), principal bastion rebelle assiégé.

Selon des images tournées par un amateur et postées sur Youtube par des militants, des rebelles de l'ASL ont exécuté des membres de la tribu Berri, des partisans du régime, à Alep. La vidéo montre des hommes conduits sur une place, placés au mur puis mitraillés aux cris de "Dieu est grand".

"Aucune loi -internationale ou islamique- n'autorise l'exécution d'un prisonnier. C'est un crime, une vengeance", a déploré Rami Abdel Rahmane, chef de l'OSDH.

Lundi, les rebelles avaient marqué un point en prenant le poste de contrôle clé d'Anadane, ce qui leur permet d'acheminer renforts et munitions à Alep en ouvrant l'accès de la métropole du nord à la frontière turque, 45 km plus loin.

Les bombardements par hélicoptères et à l'artillerie lourde dans cette ville de 2,5 millions d'habitants et ses environs ont jeté sur les routes ces deux derniers jours quelque 200.000 personnes, selon l'ONU.

Plus de 267.000 personnes ont quitté la Syrie depuis le début de la révolte qui s'est militarisée après sa répression par le régime de Bachar al-Assad, selon le HCR. Plus de 20.000 autres ont péri dans les violences pendant cette période, d'après l'OSDH.

Parlant de "tragédie humanitaire", la Commission européenne a réclamé des "trêves" dans les combats afin de permettre l'évacuation des blessés et des civils. L'ONG Médecins du Monde (MDM) a appelé les belligérants à respecter les règles de droit en période de guerre, les accusant de bombarder les hôpitaux.

Des militants ont récemment diffusé des vidéos montrant des images insoutenables de corps sanguinolents et déchiquetés, dont ceux de femmes et d'enfants, et des visages mutilés, ainsi que des corps d'enfants carbonisés à Deir Ezzor (est).

Au plan politique, l'opposant Maleh a annoncé son intention "de commencer les consultations" avec l'opposition en Syrie et à l'étranger pour former un cabinet de transition en exil et éviter ainsi un "vide" en cas de chute de M. Assad, même si ce dernier n'a montré aucun signe de vouloir quitter le pouvoir.

"La formation d'un gouvernement en exil est une décision hâtive et nous aurions souhaité qu'elle n'ait pas lieu. Elle affaiblit l'opposition syrienne", a rétorqué le président du CNS, Abdel Basset Sayda.

Ce dernier avait lui-même annoncé samedi qu'il discuterait avec les rebelles sur le terrain d'un gouvernement de transition qui serait dirigé par une personnalité engagée dans le soulèvement.

Enfin, dans un nouveau coup porté au régime, le consul de Syrie en Arménie, Mohammad Houssam Hafez, a démissionné en signe de protestation contre la répression et s'est envolé pour Dubaï, selon une source aux Affaires étrangères arméniennes.

Cette démission survient après la défection du chargé d'affaires à Londres, des ambassadeurs à Bagdad et aux Emirats arabes unis, de la chargée d'affaires à Chypre et de l'attaché de sécurité de l'ambassade de Syrie à Oman.

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