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La quête éperdue d'un refuge dans la Syrie en proie à la violence

31/07/2012 08:33 EDT | Actualisé 30/09/2012 05:12 EDT

Durant seize mois, Damas et Alep étaient des refuges dans une Syrie ensanglantée, mais la violence qui vient de les submerger a jeté sur les routes des milliers de réfugiés en quête d'un impossible abri.

Déplacée à deux reprises depuis qu'elle a quitté en mars la ville de Homs (centre) plongée dans la tourmente, la famille d'Alma envisage aujourd'hui de quitter Damas pour retourner dans sa ville d'origine: dans la capitale, elle a revécu le cauchemar qu'elle cherchait à fuir.

"Nous avons quitté Homs pour le Liban après l'arrestation de ma soeur, une militante, mais nous n'avions pas les moyens financiers d'y rester", explique la jeune femme de 18 ans qui utilise un pseudonyme.

Sa famille s'est installée à Roukneddine, dans le nord de Damas. Mais ce havre de paix fut illusoire et le quartier est devenu à son tour un champ de bataille entre forces du régime de Bachar al-Assad et rebelles.

"Nous ne savons plus où aller", dit-elle, notant que beaucoup de familles originaires de Homs ont choisi de revenir chez elles malgré les bombardements continus sur plusieurs quartiers de la ville.

"A la gare routière, des centaines de personnes cherchaient à regagner Homs. Elles se disaient que s'il fallait vivre dans le danger, autant être chez soi", confie-t-elle à l'AFP.

Des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge dans les pays voisins comme la Jordanie, le Liban et la Turquie. En outre, il y a 1,5 million de déplacés à l'intérieur du pays, selon Guillaume Charron, du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC), basé à Genève.

A Alep, depuis samedi, les violents combats ont poussé à l'exode environ 200.000 personnes en deux jours, selon l'ONU. D'autres sont restées bloquées dans la ville.

Samedi, une femme d'une vingtaine d'années, se présentant sous le nom de Leïla, a passé avec sa famille la journée dans le sous-sol de sa maison située dans le quartier de Salaheddine, épicentre des combats.

"Nous y sommes restées toute la journée pendant que des avions larguaient leurs roquettes. Nous entendions le bruit des bombardements et des armes automatiques", dit-elle.

Le lendemain, alors que les combats se poursuivaient, Leïla et sa famille se sont réfugiées chez leur grand-mère dans le centre-ville encore épargné. Mais son père ne les a pas suivies pour protéger la maison.

Bouger d'un quartier à l'autre est "un pari risqué", explique "Abou Leïla" membre d'un réseau de volontaires chargé d'offrir nourriture et abris aux déplacés.

Il estime qu'au moins 70.000 personnes ont trouvé refuge à Alep dans des écoles, des dortoirs d'université et des centres de charité. Lundi, cinq nouvelles écoles ont ouvert leurs portes et il y a même eu un mariage dans une école dimanche.

"Les autres campent chez des parents ou des amis, ou dorment dans les jardins publics et les rues en attendant une aide", dit-il.

L'esprit de solidarité a toutefois ses limites et le manque de fioul, de nourriture et de médicaments frappe toute la société.

"Il y a eu d'abord un véritable élan des citoyens qui ont offert nourriture, habits et produits de première nécessité. Mais depuis que la situation a empiré le soutien a diminué car les gens ont peur pour leur avenir", poursuit Abou Leïla.

Pour Paul Stromberg, chef adjoint du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) en Syrie, les récents bouleversements dans la capitale et à Alep ont suscité des "tensions" au sein des familles et mis à mal la culture de l'hospitalité car les gens craignent des "problèmes" liés à l'afflux de population.

Il met également en cause l'armée qui bombarde "sans aucune considération pour les civils".

"Alep et Damas sont les derniers refuges pour la population. Toute nouvelle escalade de violence dans ces deux villes créera une énorme crise humanitaire, en un mot un génocide", assure Abou Leïla.

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