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RDCongo : le M-23 avance inexorablement vers Goma

30/07/2012 07:21 EDT | Actualisé 29/09/2012 05:12 EDT

Dans l'est de la République démocratique du Congo, les rebelles du M-23 avancent vers Goma, la capitale de la province du Nord Kivu, avec l'objectif avoué d'encercler la ville tenue par l'armée régulière pour la faire tomber comme un fruit mûr.

A quelques journalistes dont un reporter de l'AFP qui ont pu se rendre dans la zone ce week-end, le chef des opérations des rebelles pour le secteur, le colonel Innocent Kayima, a expliqué que l'intention du M-23 était d'aller jusqu'a Kibumba, dernière agglomération sur la route de Goma où se trouve encore positionnée l'armée régulière congolaise, les FARDC.

Cette localité est présentée par un diplomate occidental à Kinshasa comme le "dernier verrou" vers Goma.

De là, assure le colonel Kayima, "nous encerclerons la ville (Goma) et nous démoraliserons les forces jusqu'à ce qu'elles s'en aillent". "Nous prendrons la ville sans tirer", a-t-il assuré.

Place forte des forces armées de la RDC dans l'est du pays, il paraît toutefois improbable que Goma soit abandonnée à son sort. D'autant qu'elle abrite des milliers de civils venus s'y réfugier et que de nombreuses troupes des Nations unies y assurent leur sécurité.

Mardi dernier, pour protéger les populations qui fuyaient les combats, des hélicoptères des Nations unies sont intervenus contre la rébellion.

Ce week-end, Kibumba était défendue par six chars et un lance-roquettes multiples des forces de Kinshasa. Mais les rebelles n'étaient qu'à cinq km de là et, après s'être entendus au téléphone avec eux, les journalistes ont rejoint leurs premières lignes.

"Nous avançons petit à petit vers Kibumba", a affirmé le colonel Albert Kahalaha, un déserteur de l'armée régulière passé en mai dernier dans l'autre camp.

Chaussés tous de bottes en caoutchouc noirs et vêtus d'uniformes disparates de l'armée régulière, sans aucun signe de grade, les hommes du M-23 sont positionnés de part et d'autre de la route sans arme lourde, juste des mortiers de 60 mm, portables à dos d'homme, en place avec des caisses d'obus à proximité.

Les combats qui durent depuis mai restent intermittents et dans les zones dont le M-23 s'est emparé, la vie reprend lentement son cours.

A Rutshuru, une petite ville plus au nord reprise récemment par la rébellion, un obus de mortier ou une grenade tirée par un fusil est tombée dimanche en fin d'après-midi sur une case vide qui a été détruite.

Dans un communiqué, l'ONG Médecins sans frontière a annoncé la mort de deux personnes dans un hôpital de la ville où elle soigne "66 blessés, dont une majorité de civils" atteints de "plaies par balles ... par éclats de grenade, ... par des tirs d'obus ou des roquettes". En outre, selon l'ONG "un millier de personnes, pour la plupart des femmes et des enfants", se sont réfugiées à l'hôpital depuis mercredi".

Dimanche matin, une messe a été célébrée à l'église de Rutshuru, des civils étaient dans les rues, le coiffeur ouvert. Les rebelles cuisinaient dans de grandes bassines. Des petits groupes électrogènes permettaient à chacun de recharger sa radio ou son téléphone portable.

Lors des combats de la semaine précédente, un pylône a été touché, perturbant les communications. Un autre réseau en a profité et, quelques heures plus tard, après un changement de puces électroniques, les communications avaient repris normalement dans la ville.

Plus au nord, l'atmosphère est tendue.

Les journalistes ont pu aller jusqu'au village de Madanga, à une trentaine de kilomètres de Rutshuru, où se trouve le seul pont pour traverser la rivière. Un responsable militaire des rebelles, le colonel Justin Mahizi, leur a interdit d'aller plus loin en raison de la dureté des combats.

Selon lui, les FARDC en se retirant ont tué plusieurs personnes et ont jeté leurs corps dans la rivière. Dans un ravin gisent deux hommes aux mains liées, tués par les FARDC selon le M-23.

Sur la route vers Mayamoto, en limite du parc naturel des Virunga, un gros camion de travaux publics a brûlé avec toute une cargaison d'armes et de munitions qui ont explosé.

Selon le M-23, les FARDC l'avaient réquisitionné avec son chauffeur, y ont entassé des armes, des munitions et du matériel de transmission mais, devant l'avancée du M-23, les soldats y ont mis le feu et ont tué le chauffeur.

Aucune voiture ne circule.

Les rebelles, que le Rwanda voisin est largement accusé d'aider bien qu'il s'en défende, affirment avoir récupéré leurs armes sur l'ennemi. Les obus sont dans des caisses et les bandes de mitrailleuses encore rangées dans leur emballage. Les responsables nient absolument tout approvisionnement rwandais, même si des sources occidentales à Kinshasa ont évoqué des livraisons le week-end précédent.

Tous parlent un peu d'anglais et de français ainsi que le swahili, généralement utilisé dans l'est du pays et dans les pays de la région, et le kinyarwanda, la langue nationale rwandaise pratiquée également par les tutsis et les hutus du Kivu.

ak/pb/sd

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