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Les rebelles syriens font sauter un verrou pour l'accès à Alep

30/07/2012 08:06 EDT | Actualisé 29/09/2012 05:12 EDT

Les rebelles ont attendu l'appel du muezzin pour se faufiler près du barrage de l'armée syrienne et ont attaqué. Après un long combat, le barrage d'Anadane est détruit, huit chars saisis. La rébellion a pris le contrôle d'une voie d'accès stratégique à Alep.

Quelques heures après les combats, les rebelles s'affairent pour récupérer munitions et armes. Un rebelle extirpe les obus d'un char et les donne à un autre qui les empile à l'arrière d'un pick-up.

Le sol est jonché de douilles de tout calibre, kalachnikov et mitrailleuse lourde. Tout près, un camion de transport de troupes est encore fumant, les pneus fondus.

Sous une grande tente où étaient garés des camions de transport de troupes, les rebelles vident des dizaines de caisses de munition et fouillent les affaires laissés par les soldats. Un combattant trouve un livre, "Le chef et le message", une biographie de Hafez al-Assad, le père du président Bachar al-Assad, qu'il déchire.

La veille, dès l'appel du muezzin à rompre le jeûne de ramadan, Rifaat Khalil a ordonné l'assaut. "Nous avions 150 rebelles prêts à combattre, mais nous n'avons envoyé qu'une première vague de 50 hommes", explique ce lieutenant passé dans la rébellion.

Ses combattants sont arrivés de tous les côtés et ont ouvert le feu à coups de roquettes, de mitrailleuses lourdes, de kalachnikovs. "On a arrêté 25 soldats et récupéré six corps, mais peut-être qu'ils en ont emporté d'autres en fuyant", ajoute l'officier de l'Armée syrienne libre (ASL).

Les combats, violents, ont duré dix heures. A l'aube, les rebelles font les comptes: ils ont perdu quatre hommes mais saisi huit chars dont un seul hors d'état.

"On va pouvoir les utiliser pour combattre à Alep", deuxième ville de Syrie dont l'armée régulière tente de reprendre le contrôle, lancent les rebelles en lâchant des rafales de kalachnikov en l'air.

"Les soldats ont fui comme des rats", lance, rigolard, un rebelle. "Bachar, ne pars pas, on va t'attraper", lance un autre, assis sur des caisses de munition à l'arrière d'un pick-up où flotte le drapeau noir à lettres blanches des islamistes.

"Cette victoire renforce la position des rebelles dans Alep, et si Dieu le veut, tous les rebelles vont se diriger vers Alep et libérer la ville des mains du gang d'Assad et des chabihas", les nervis du régime, estime le lieutenant Khalil.

Alep, poumon économique du pays, est juste derrière la colline qui domine le barrage. Les rebelles contrôlent désormais une des principales routes entre la frontière turque et le nord d'Alep: un axe vital pour les livraisons en armes, en essence et en vivres pour les rebelles engagés depuis trois jours dans des combats dans plusieurs quartiers d'Alep.

Les rebelles avaient tenté en mai de prendre le barrage tenu par l'armée syrienne. Ils étaient à Anadane, à seulement quelques centaines de mètres de là. Mais leur présence a provoqué des bombardements. Les premiers habitants ont quitté la ville en mai, puis des bombardements intenses en juin l'ont complètement vidée.

Aujourd'hui, c'est une ville fantôme. Les rues sont constellées de trous d'obus, les murs éventrés ou noircis par la langue de feu des bombes, les vitres brisées. Mais les maisons ne semblent pas avoir été pillées.

"Les habitants ont laissé les portes de leur maison ouvertes et sont partis", raconte le général Firzat Abdel Nasser, commandant de l'ASL à Anadane.

Cet officier, qui a passé dix ans en Russie, a fait défection en juin. "Mes trois enfants ont quitté Alep, quelques heures plus tard ma femme a fait de même, et je suis parti en dernier. On s'est retrouvé hors d'Alep, je les ai mis en sécurité et suis venu ici", dit le général en recevant dans une maison spacieuse où il pris ses quartiers.

"Le régime syrien a encore le contrôle des airs, mais plus le contrôle terrestre. Toute la campagne autour d'Alep a été libérée, sauf trois positions de l'armée d'Assad", assure-t-il, en pointant sur une carte une académie militaire, un aérodrome d'où décollent les hélicoptères, et une position d'artillerie.

Dans le ciel, un hélicoptère vole très haut, fait du sur-place, avant de partir. "Avant, l'armée bombardait jour et nuit. Mais le régime est trop occupé à Alep, ils ne bombardent que le jour", explique le général Abdel Nasser.

Soudain, une première explosion près du barrage. A une centaine de mètres de la route, un nuage de terre et de poussière s'élève. Les rebelles courent en tout sens. Les obus continuent de tomber, se rapprochent. Deux jeunes sur une moto tentent de se mettre à l'abri en ville. Ils baissent la tête pour se protéger et pour aller plus vite. Un obus tombe à une cinquantaine de mètres et sature l'air.

Quelques centaines de mètres, et ils sont à l'abri. Toute l'après-midi, les bombardements continuent, à Anadane, comme dans les villages alentour.

kat/sk/cco

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