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A Alger, les réfugiés syriens évitent de parler politique

30/07/2012 05:09 EDT | Actualisé 28/09/2012 05:12 EDT

"Nous avons fui la guerre, les destructions, la mort", raconte Borhane, venu de Homs, ville du centre de la Syrie, assis sur la pelouse d'une place d'Alger. Comme la plupart des réfugiés il se garde bien de parler politique.

"Cela n'a rien à voir avec la politique", s'empresse d'ajouter cet homme qui a gardé une certaine réserve même à plus de 3.000 km de son pays où la peur des "moukhabarat" (le renseignement syrien) reste tenace.

Selon l'avocat Nidal Debbah, dirigeant du Conseil national syrien (CNS, opposition) à Alger, les "réfugiés" syriens sont de trois sortes: les familles, les "moukhabarat" et des membres de l'opposition.

Les familles, traumatisées, "craignent l'infiltration de Moukhabarat" confirme à l'AFP Mohammed, un ouvrier du bâtiment qui a longtemps travaillé au Liban où il a laissé sa famille.

L'Algérie, alliée de Damas, a émis des réserves sur l'appel de la Ligue arabe au président Assad à renoncer au pouvoir, jugeant que cela devait être une "décision souveraine du peuple syrien frère".

Le périple de Borhane, venu de Homs, ville du centre syrien, avec son épouse et deux enfants, a commencé il y a un an, quelques semaines après le début, en mars, des manifestations en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad.

"Nous sommes d'abord partis au Liban, puis revenus en Syrie où la situation ne s'améliorait pas. De là, nous avons quitté pour la Jordanie, sans pouvoir nous installer. Nous tentons notre chance ici depuis 15 jours", dit à l'AFP ce commerçant en vêtements.

Entre l'Algérie et la Syrie il n'y pas de visa de circulation pour les ressortissants des deux pays.

"L'hôtel coûte 3.500 dinars/jour (35 euros environ) et j'ignore jusqu'à quand je pourrai tenir", s'inquiète cet homme de 45 ans, pessimiste sur une paix prochaine dans son pays où le pouvoir veut en finir avec la rébellion.

Selon le ministère de l'Intérieur, 12.000 Syriens sont arrivés à Alger et dans d'autres villes depuis un mois, tandis que des milliers d'autres se sont réfugiés dans les pays limitrophes ou dans d'autres pays arabes.

Walid, la trentaine, venu à Alger via Beyrouth avec sa famille en provenance d'Idleb, ville du nord-ouest syrien, le 24 juillet, confirme. "Nous sommes venus ici parce qu'il ne faut pas de visa".

"Nous n'avions pas le choix, l'armée a bombardé notre maison". Et convaincu que la guerre sera longue et s'étendra ailleurs, "j'ai préféré venir ici", affirme ce paysan.

"Nous sommes ici environ 200 familles originaires d'Idleb", raconte-t-il, et "certains sont hébergés par des Algériens".

"Mais nous dormons ici" au Square Port-Saïd, surplombant le port et faisant face au Théâtre national Algérien, un bâtiment au style néo-baroque construit en 1850. Des dizaines de familles sont installées sur le gazon à l'ombre des palmiers.

Samira, l'épouse de Walid, reste silencieuse, vaguement protégée d'un soleil de plomb sous un arbuste, avec ses trois enfants.

Par moments, l'aînée, Khator, huit ans, va réclamer une pièce aux passants. Puis elle rejoint les dizaines d'enfants syriens qui courent tout autour, s'oubliant dans le jeu et les rires.

Ces réfugiés se disent "très touchés" par la générosité de la population qui les aide par des vêtements et de l'argent.

Des ONG locales recueillent des dons. L'une d'elle, le Réseau de défense de la liberté et de la dignité (RDLD) leur apporte l'iftar, le repas du rupture du jeûne du ramadan.

"Nous préparons depuis le 3e jour du mois sacré (22 juillet) environ 150 plats, affirme Nessima Guettal, du RDLD, au quotidien El-Watan. C'est le nombre de Syriens qui se trouve actuellement sur le Square Port-Saïd".

Le ministère de l'Intérieur a indiqué qu'il "prendrait en charge les Syriens ayant trouvé refuge en Algérie" et pourrait les installer dans des écoles. Mais il entend freiner leur afflux en limitant les vols d'Air Algérie et en exigeant un billet retour et un certificat d'hébergement.

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