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Chaîne humaine autour du Parlement japonais contre le nucléaire

29/07/2012 07:48 EDT | Actualisé 28/09/2012 05:12 EDT

TOKYO - Plusieurs milliers de manifestants ont formé une chaîne humaine dimanche autour du Parlement à Tokyo, pour protester contre le nucléaire et la remise en service récente de deux réacteurs de la centrale d'Ohi dans l'ouest du Japon.

Quelque 10 000 personnes étaient présentes, selon des estimations de l'agence japonaise Kyodo. "Non au nucléaire", "Non au redémarrage" des centrales, "Entendez vous la voix du peuple", "Nous ne laisserons pas d'autres réacteurs redémarrer", proclamaient notamment slogans et banderoles, certaines marquées du symbole noir de la radioactivité, sur fond jaune. Des manifestants, portant des combinaisons blanches et des masques à gaz, tambourinaient sur des bidons.

Les manifestants venaient de tout le pays. "Tous ces gens se sont rassemblés et font entendre leur voix", s'est félicité Shoji Kitano, un enseignant à la retraite âgé de 64 ans. Manifester ne fait pas partie intégrante de la culture japonaise, explique-t-il, mais la politique nucléaire du gouvernement scandalise de plus en plus l'opinion publique.

Mika Ohta, employée dans un hôpital, ne voit "rien de bon dans l'énergie nucléaire. C'est cher, ça irradie ceux qui y travaillent et ça produit des déchets".

Plus d'un an après la catastrophe de Fukushima en mars 2011, les manifestations contre le nucléaire se multiplient au Japon, avec des rassemblements chaque vendredi soir devant la résidence du Premier ministre Yoshihiko Noda.

La mobilisation s'est amplifiée après la décision du gouvernement de remettre en service, durant le mois de juillet, deux réacteurs à Ohi, en dépit des craintes de la population. Près de 200 000 personnes se sont ainsi rassemblées en signe de protestation le 16 juillet à Yoyogi, un des principaux parcs de Tokyo.

Le chef du gouvernement a invoqué les risques de pénurie d'électricité durant l'été et ses répercussions sur l'économie et la vie de la population.

Avant le tsunami du 11 mars 2011 et l'accident consécutif à la centrale de Fukushima, le plus grave depuis celui de Tchernobyl en 1986, le Japon comptait 50 réacteurs en fonctionnement. Jusqu'à la remise en service de deux unités à Ohi, tous étaient à l'arrêt pour contrôles de sécurité, maintenance programmée ou mise hors service par le tsunami, comme à Fukushima. Le nucléaire, avant le 11 mars 2011, constituait environ 30 pour cent de la production d'électricité au Japon.

Pour l'écrivain et sociologue Karin Amamiya, la mobilisation, au-delà du nucléaire, "traduit la colère de la population face aux problèmes de fond de la société japonaise. Cela comprend la politique, et la façon dont l'opinion publique a été négligée. Les gens sont en colère, en ont assez", dit-elle.

La commission d'enquête nommée par le gouvernement a sévèrement mis en cause les pouvoirs publics et l'exploitant de la centrale de Fukushima, Tokyo Electric Power Corporation (TEPCO).

"La source de la crise de Fukushima, c'est qu'ils sont égoïstement partis du principe que des catastrophes naturelles dépassant leur imagination n'arriveraient pas. En résumé, ils ont sous-estimé" les risques et conséquences de désastre, a déclaré la semaine dernière le président de la commission, Yotaro Hatamura.

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