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Syrie: les druzes du Golan, partagés, commencent à se retourner contre Bachar el-Assad

28/07/2012 01:16 EDT | Actualisé 27/09/2012 05:12 EDT

PLATEAU DU GOLAN, Syrie - De l'autre côté de la ligne de cessez-le-feu, la Syrie est en train de basculer dans la guerre civile. Sur le plateau du Golan occupé par Israël, les druzes se retrouvent tiraillés, partagés entre la fidélité à Bachar el-Assad, dont la famille a juré de reprendre le territoire, et le soutien au soulèvement contre son régime autoritaire.

L'an dernier, dans les premières semaines du mouvement de contestation contre le régime alaouite, seule une toute petite minorité de druzes du Golan apportait publiquement son soutien au soulèvement. Aujourd'hui, ces voix se font plus fortes.

"La plupart des gens ici ne font pas la distinction entre Assad et leur patrie. Ils le voient comme l'incarnation de la patrie et ils attendent qu'il nous libère de l'occupation" israélienne, constate Ali Abou Awad, un médecin de Boukata. "Mais ces derniers jours, quand ils ont vu ce qu'Assad faisait là-bas, cet énorme mensonge a commencé à s'effondrer. Je crois qu'ils vont réclamer la chute d'Assad".

Les quatre principaux villages druzes du plateau, ravi par Israël à la Syrie lors de la Guerre des Six-Jours en 1967 puis annexé par l'Etat hébreu en 1981, se trouvent près de la ligne de cessez-le-feu entre les deux pays.

Au cours de la semaine écoulée, explique Ali Abou Awad, la plupart des habitants de Boukata sont montés dans les collines voisines pour observer les combats qui se déroulaient non loin. "Ce n'est pas pareil quand on le voit de ses propres yeux. On se sent très inutile, très vide, lorsqu'on voit cette armée en train de détruire la population civile", confie-t-il.

Mais dans le village voisin de Majdal Shams, les partisans de Bachar el-Assad crient au "complot, fomenté par des Etats étrangers", comme Hassan Fakhr Dine. Ce boucher assure que le peuple syrien reste uni. Pour lui, ces bombardements dont l'écho et la fumée parviennent jusqu'au Golan constituent des attaques légitimes contre "des gens qui veulent changer le régime en Syrie".

L'annexion du Golan, territoire de 65km de long sur 20 de large, n'a jamais été reconnue par la communauté internationale. Israël a offert d'échanger ce territoire contre la paix avec la Syrie mais les pourparlers ont capoté il y a dix ans, faute notamment d'accord sur les frontières exactes.

La citoyenneté israélienne a été proposée aux druzes du Golan, mais seuls quelques-uns d'entre eux l'ont accepté. La plupart se considèrent comme Syriens et beaucoup, pensant que la Syrie finirait un jour par récupérer le plateau, ne voulaient pas être ensuite traités comme des traîtres.

Outre son importance stratégique militairement, le Golan est aussi une source majeure d'eau et de divertissements pour l'Etat hébreu. Les Israéliens y affluent pour arpenter ses sentiers de randonnée, son vignoble israélien et profiter de l'unique station de ski à leur disposition. Les druzes, qui sont environ 20.000 sur le Golan, font partie de ce décor et les touristes israéliens de passage, comme les militaires, fréquentent leurs restaurants.

Mais les membres de la communauté gardent tout de même le contact avec leurs proches en Syrie, et sont parfois autorisés à entrer en Syrie pour assister à un mariage, faire des études ou accomplir un pèlerinage religieux. Un druze du Golan qui épouse un ressortissant syrien perd automatiquement son droit de vivre sur le plateau, séparant des familles.

Comme d'autres minorités religieuses de Syrie, les druzes, des arabes qui appartiennent à une secte ésotérique issue de l'ismaélisme, une branche du chiisme, craignent d'être marginalisés, voire pris pour cible, en cas de chute du régime de Bachar el-Assad. Les sunnites, majoritaires en Syrie, constituent le coeur de l'opposition au président syrien, alors que le régime issu du courant alaouite a toujours défendu une idéologie plus laïque, perçue comme une protection pour les minorités.

Pourtant, Mahmoud Amasha, un producteur de pommes et agent d'assurances de Boukata, se dit "convaincu que le nombre d'opposants au régime croît chaque jour".

Mais, reconnaît-il, les divergences à propos d'Assad "jettent ombre sur les gens de cette ville". Selon les habitants, des manifestations, pour ou contre le régime du fils de Hafez el-Assad, ont lieu régulièrement. Le conflit a monté des familles les unes contre les autres, divisé des amis.

Trois adolescentes rencontrées sur la place centrale disent avoir réussi à rester amies, même si deux d'entre elles soutiennent Assad au contraire de la dernière. Mais ce n'est pas toujours le cas, souligne Rouba Amasha, 17 ans. "Par exemple, si un pro-Assad croise un ami dans la rue et lui dit 'salut', si l'autre est anti(-Assad), il ne pas s'arrêter".

Alaa Alwely, un chauffeur, pense que le conflit va sans doute encore retarder un éventuel retour du Golan aux Syriens. Mais vu ce qui se passe de l'autre côté, cela lui convient. "J'ai vécu une vie décente ici. Je suis né sous l'occupation. Je ne sais pas si le régime syrien serait mieux ou pas".

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