NOUVELLES

La fuite à l'ouest des habitants d'Alep ravagé par les bombes

28/07/2012 09:47 EDT | Actualisé 27/09/2012 05:12 EDT

Ils affluent, entassés dans un minibus, à l'arrière d'une bétaillère ou d'une voiture. Les hommes parlent d'une voix lasse, près de femmes et d'enfants apeurés et aux yeux rougis. Ces Syriens ont fui Alep et ne prononcent qu'un mot: bombardement.

A l'entrée d'Atareb, une ville poussiéreuse à une trentaine de km à l'ouest d'Alep, ils arrivent sans interruption depuis vendredi, poussés par l'imminence d'une offensive de l'armée de Bachar al-Assad finalement lancée samedi matin.

"Plus de 3.000 réfugiés sont passés hier", dit un rebelle qui contrôle les identités à la recherche de policiers, militaires ou "chabbiha", les nervis du régime. "Mais depuis ce matin, ça n'arrête pas, plus d'un millier de civils ont fui par cette route", assure-t-il.

L'intensité des bombardements a jeté sur les routes des milliers d'habitants d'Alep, le poumon économique du pays, qui cherchent refuge dans les zones relativement épargnées par les combats, dans les villages contrôlées par la rébellion ou de l'autre côté de la frontière, en Turquie.

Un car est arrêté par les rebelles au barrage de contrôle. A bord, les réfugiés sont silencieux, encore choqués par le départ précipité, écrasés par la chaleur. Aucun ne donne son nom mais certains consentent à dire quelques mots, pudiques, sans évoquer d'où viennent les tirs, qui combat, sans incriminer l'armée régulière ou les rebelles.

"Cela fait quatre jours qu'il n'y a ni eau ni d'électricité à Soukkari", un quartier dans le sud d'Alep, dit un homme, près de sa femme voilée de noir qui tient un bébé dans les bras. "Ce matin (samedi), les obus tombaient toutes les deux ou trois minutes sur nos maisons, nos immeubles", raconte-t-il.

La famille s'est rendue à la gare routière et a fui la ville sous les tirs. "J'ai vu les avions tirer et les obus d'artillerie tomber", s'énerve l'homme, décrivant "un bruit énorme" et ses "enfants en pleurs". Il n'en dit pas plus. Les rebelles sont pressés, le car doit partir.

Dans un autre véhicule, un Syrien d'une soixantaine d'années aux lunettes épaisses, dénonce des "bombardements aveugles".

"Les bombes tombaient partout dans le quartier de Firdaous (sud). Des bâtiments se sont écroulés. Il y a des morts et des blessés sous les décombres", assure-t-il. "Que peut-on faire d'autre sinon fuir?", dit-il en tendant les mains en geste d'impuissance.

Les réfugiés décrivent les mêmes pilonnages à Salaheddine, bastion des rebelles d'Alep, Machhad, Soukkari et Firdaous.

Beaucoup sont partis dès l'aube. "On a attendu 06H00 (03H00 GMT) et on a fui. Regardez mes enfants", dit un homme à l'arrière d'un pick-up en montrant une dizaine de bambins. "Je ne suis pas sûr qu'on reviendra".

Les rebelles vérifient chaque véhicule et les papiers de tout homme en âge de combattre. "On traque les chabbihas", dit l'un d'eux expliquant que son commandement dispose de "listes".

"Nous regardons dans quel quartier les réfugiés habitent et nous vérifions avec le commandement". Le matin, ils ont arrêté un policier qui a été emmené pour interrogatoire.

Un combattant de l'Armée syrienne libre (ASL), regroupant en majorité des militaires ayant rejoint la révolution, arrive au barrage de contrôle. C'est le cousin du policier arrêté. L'homme assure que son cousin est "fou" et qu'il faut le relâcher. Il repart bredouille.

Les rebelles sont nerveux, crient aux voitures d'accélérer, de déguerpir.

Atareb, théâtre de combats violents il y a plusieurs semaines, fait face à un afflux auquel elle n'est pas préparée.

Devant les grilles de l'immense boulangerie industrielle, qui approvisionne plusieurs villages, des centaines de réfugiés venus d'Alep, des habitants d'Atareb, des villageois des alentours patientent depuis des heures pour obtenir de grandes galettes de pain vendus par sac de huit pour 15 lires syriennes (environ 25 centimes d'euros).

La fabrique tourne à mi-régime. "Des ouvriers ne viennent plus travailler, ils ont peur des bombardements", explique un employé en montrant les trous d'obus qui ont percé le plafond et les murs de l'atelier.

L'usine a réduit sa production. "On est passé de 35.000 sacs à 10.000 aujourd'hui", explique un des responsables.

"Nous avons été obligés de rationner le pain à trois sacs parce que les habitants paniquent et veulent en prendre dix", ajoute-t-il.

Ouvriers et habitants sont à cran. Certains escaladent les grilles, le mur d'enceinte, d'autres tambourinent sur la porte en fer.

Quand le portail s'ouvre, des dizaines de Syriens se ruent à l'intérieur. Un garde lâche en l'air une rafale et ramène le calme.

kat/sk/sbh

PLUS:afp