NOUVELLES

JO-2012: quand les anti-Jeux ont leur heure de gloire

28/07/2012 01:33 EDT | Actualisé 27/09/2012 05:12 EDT

Rassemblés samedi à quelques encablures du Stade olympique à Londres, les anti-Jeux sont à la fête: leur manifestation n'a beau mobiliser que quelques centaines de personnes, ils enchaînent photos et interviews, un peu étonnés du soudain succès médiatique.

"Il y a presque autant de caméras que de manifestants!", s'amuse Jean Videler, une retraitée de 60 ans, au vu des nombreux reporters de la presse internationale qui tentent de grappiller clichés ou déclarations.

Il y a aussi beaucoup de policiers: une douzaine de motards et deux cars de police stationnent en contrebas, bien décidés à éviter tout dérapage à proximité du parc olympique. Des "agents de liaison" ont aussi pris place dans les rangs des anti-Jeux, avec lesquels ils papotent dans une atmosphère bon enfant.

Depuis qu'ils sont fédérés sous la bannière du "Réseau Contrer les Jeux", les opposants aux JO n'étaient pas habitués à une telle audience. Face au rouleau compresseur de la communication officielle, leurs rassemblements étaient restés confidentiels. Mais le lancement des Jeux leur a permis de bénéficier d'un coup de projecteur.

Une quarantaine d'organisations de tous horizons, allant des "indignés" d'Occupy London, qui ont campé cet hiver le parvis de la cathédrale Saint-Paul, à des mouvements d'extrême gauche en passant par des associations de défense de résidents, ont apporté leur soutien à cette nouvelle manifestation contre les "JO du business", aux "mains des multinationales".

Au point de ralliement, dans le parc de Mile End (est), quelques centaines de manifestants lézardent au soleil en attendant patiemment le démarrage du cortège, à côté de banderoles proclamant "Dehors, maudits sponsors".

Certains en profitent pour pique-niquer, d'autres distribuent des tracts. Il y a des retraités qui ont mis prudemment leur chapeau de paille pour résister à la chaleur, des familles avec poussette et bébé, des anarchistes avec banderole noire, des militants du Parti socialiste ouvrier et des écolos. Et même quelques étudiants circassiens en tenue traditionnelle, opposés à l'organisation des prochains JO à Sochi, en Russie. Une mosaïque colorée, reflet de la diversité des motivations des anti-Jeux.

Albert Beale, 60 ans, un porte-parole du mouvement, est visiblement content: "avoir tous ces gens qui sortent pour dire non aux JO, ce n'est pas mal".

"Il y en a qui sont là parce qu'ils ont dû quitter leur maison" à cause de la rénovation de certains quartiers, "d'autres qui ne veulent pas qu'on mette des missiles sur leur toit pendant les Jeux ou qui refusent que les JO soient aux mains de grands groupes essayant de se refaire une réputation en sponsorisant les Jeux", résume-t-il.

"Nous sommes vraiment représentatifs des gens qui vivent" dans cette ville, assure Isabel, une Londonienne de 60 ans, dont la banderole -un canevas au point de croix orné de l'inscription "rien à foutre des JO"- remporte un grand succès.

Jean Videler est elle aussi parée pour la manifestation, avec tennis et sac à dos: "tout n'est pas rose dans les JO. Je suis pour le sport, mais ce n'est pas bien que les multinationales aient pour ainsi dire pris le contrôle".

Un peu plus loin, lunettes sur le nez, Gwynne, qui vit dans le quartier olympique, lit à haute voix, en mettant le ton, le pastiche d'un texte de Shakespeare qu'elle a composé pour la manifestation: "amis, Londoniens, voisins, prêtez moi une oreille attentive", lance-t-elle avec application devant l'objectif d'une télévision.

na/dh/heg

PLUS:afp