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Les Kurdes tentent de s'unir pour préparer la Syrie de demain

27/07/2012 06:22 EDT | Actualisé 26/09/2012 05:12 EDT

Les Kurdes syriens, hostiles au régime qui les a réprimés et méfiants envers l'opposition qu'ils jugent peu encline à reconnaître leur spécificité, ont décidé de s'unir et de gérer leur région pour faire valoir leurs droits dans la Syrie de demain.

Ils se sont prudemment engagés dans le soulèvement contre le régime de Bachar Al-Assad mais ont tenté de garder à l'abri des violences leurs régions, où les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) ne sont pas présents.

Depuis la semaine dernière, l'armée s'est retirée sans combat de certaines régions kurdes où des militants proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, autonomistes kurdes turcs) se sont déployés, suscitant des soupçons de collusion avec le régime.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a même accusé Damas, son ancien allié, d'avoir "confié" plusieurs zones du nord de la Syrie à la branche syrienne du PKK, le Parti de l'union démocratique (PYD).

Le PKK est considéré comme une organisation terroriste par Ankara et plusieurs autres pays.

La Turquie a également considéré l'installation du PYD près de la frontière comme "dirigée contre" elle. Ce parti compte de nombreux combattants venus du Kurdistan d'Irak pour soutenir leurs frères de Syrie.

Malgré la grande méfiance entre les partis kurdes syriens traditionnels et le PYD, les deux parties ont signé le 11 juillet, sous le parrainage du chef kurde irakien Massoud Barzani, un accord pour unifier leurs rangs.

Désormais, le Conseil national kurde, qui regroupe une douzaine de partis traditionnels kurdes syriens et le Conseil populaire du Kurdistan occidental (CPKO), émanation du PYD, sont réunis sous la bannière du Conseil suprême kurde.

"L'accord est extrêmement positif car nous craignions des affrontements fratricides avec le PYD qui faisait auparavant le jeu du régime", souligne Havidar, journaliste kurde dans le nord de la Syrie.

"Il semble que les Kurdes syriens aient décidé de travailler ensemble", estime Ignace Leverrier, ex-diplomate français qui a passé une partie de sa carrière en Syrie. Selon lui, le PYD "commence peut-être à comprendre que le régime est fini".

Le CPKO nie lui toute collusion avec le régime. "Nous avons nettoyé pacifiquement nos régions de la présence des forces gouvernementales", affirme à l'AFP son porte-parole, Chirzad Izidi.

Selon lui, son parti a formé des "unités populaires kurdes", sorte de peshmergas syriens, à l'instar de leurs frères irakiens, pour assurer l'ordre.

Si les combattants du PYD étaient jusqu'à présent les seuls à disposer d'armes dans les zones kurdes, Massoud Barzani a révélé récemment que les kurdes irakiens entraînaient leurs frères syriens, en grande partie des déserteurs de l'armée.

Installés dans le nord de la Syrie, les Kurdes représentent près de 15% des 23 millions de Syriens selon les estimations de Fabrice Balanche, géographe spécialiste de la Syrie.

Ils se plaignent d'être discriminés par le régime du parti Baas au pouvoir et réclament la reconnaissance de leurs droits culturels et politiques, mais jurent ne pas avoir de visées autonomistes comme leurs frères irakiens.

"Nous voulons que nos droits soient clairement reconnus dans la prochaine Constitution", affirme Bahjat Bachir, un dirigeant du Parti démocratique kurde en Syrie.

"Nous voulons être des partenaires à part entière dans la nouvelle Syrie et sommes attachés à l'unité du pays", assure M. Bachir.

Les Kurdes ont aussi des relations difficiles avec le Conseil national syrien (CNS), qu'ils accusent de chercher à marginaliser les groupes religieux et ethniques minoritaires. Et même si son nouveau chef, Abdel Basset Sayda, est kurde, il ne représente pas pour autant cette minorité, selon les militants.

"Les Kurdes veulent que la révolution leur garantisse leurs droits avant l'issue finale", explique Ignace Leverrier.

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