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La bataille d'Alep est cruciale pour le régime et les rebelles

27/07/2012 04:55 EDT | Actualisé 25/09/2012 05:12 EDT

La bataille sans précédent que s'apprêtent à engager les forces régulières et les rebelles pour le contrôle d'Alep, deuxième ville de Syrie, s'annonce comme décisive pour l'issue du conflit sanglant qui déchire le pays depuis plus de 16 mois, estiment des experts.

L'armée et les insurgés ont massé d'importantes forces dans et autour de la ville et le quotidien al-Watan, proche du pouvoir, titrait jeudi avec emphase: "Alep, la Mère de toutes les batailles" avant d'ajouter "Alep sera la dernière bataille lancée par l'armée syrienne pour écraser les terroristes et ensuite la Syrie émergera de la crise".

"C'est une bataille extrêmement importante pour les deux parties", estime l'ancien diplomate Ignace Leverrier.

"Pour le régime, c'est une ville commerciale dans laquelle il a beaucoup d'alliés, notamment parmi les hommes d'affaires sur lesquels il compte pour financer une partie de son effort de guerre", assure-t-il.

"Pour les rebelles, la ville est la clé de la Syrie du Nord et sa prise ouvre la possibilité de créer une zone sécurisée qui sera protégée non pas par l'armée turque mais par sa proximité avec la Turquie", ajoute l'expert qui anime le blog "Un oeil sur la Syrie".

"En la prenant, ils rééditeront en quelque sorte le schéma de la Libye avec Benghazi et pourront assurer enfin la zone protégée réclamée depuis des mois par la révolution syrienne pour pouvoir soigner ses blessés et donner refuge aux déserteurs et à leur famille", estime M. Leverrier.

Riad Kahwaji, directeur de l'Institute for Near East and Gulf Military Analysis (INEGMA) basé à Dubaï, partage cet avis.

"Si vous contrôlez Alep, vous contrôlez virtuellement Idleb", région du nord-ouest que les rebelles affirment tenir en grande partie.

"Dans ce cas, toute cette enclave sera une zone sécurisée pour les rebelles, d'où ils pourront s'organiser, s'entraîner et obtenir toutes les armes nécessaires pour un assaut majeur contre les forces du régime", explique-t-il.

Selon l'expert, le régime est conscient du danger que représente l'instauration d'une telle zone et combattra férocement pour empêcher sa création.

"Alep demeure un centre de gravité", dit-il. "Sa chute portera un coup dur au régime et indiquera la force croissante de la révolution en Syrie".

Salman Shaikh, directeur du Brookings Institute à Doha, juge que les rebelles ont déjà infligé des coups durs au régime en ouvrant la bataille dans cette ville.

"Je m'attends, dit-il, à ce que le régime ait un recours massif à la force et à tout son arsenal s'il le faut" pour empêcher Alep de tomber.

"Si Alep est libérée comme Benghazi, ce sera le début de la fin. Mais je crois qu'il y a encore une longue bataille à livrer", estime-t-il.

Avec une population de 2,5 millions d'habitants, Alep est restée au départ à l'écart de la révolte lancée en mars 2011, mais a sombré depuis une semaine dans un conflit ouvert, les rebelles ayant profité des faiblesses dans le dispositif de défense de la ville pour ouvrir un nouveau front.

Selon une source de sécurité syrienne, 1.500 à 2.000 rebelles sont arrivés de l'extérieur pour prêter main-forte à quelque 2.000 de leurs camarades déjà dans la ville.

Mais les experts ne s'attendent pas à une victoire facile d'un des deux camps.

Pour M. Kahwaji, les troupes qui arrivent en renfort à Alep tombent en chemin dans des embuscades des rebelles et ont "le moral brisé".

Quant à M. Leverrier, il souligne que le régime compte des appuis dans la ville "notamment parmi les tribus qui ont été récompensées pour avoir aidé le régime lors de l'écrasement des Frères musulmans au début des années 80".

En outre, une importante communauté kurde (20%) réside dans le nord de la ville. "Si elle se range du côté des rebelles, le régime sera en réelle difficulté, et dans le cas contraire, il sera difficile aux révolutionnaires de l'emporter", note l'ex-diplomate.

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