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Financement de la santé: Jean Charest dénonce la position d'Ottawa

27/07/2012 08:48 EDT | Actualisé 26/09/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - Le premier ministre Jean Charest s'est offusqué une fois de plus, vendredi, du refus du gouvernement fédéral de préciser l'importance de sa contribution versée aux provinces pour financer la santé.

Comme il le fait à chaque occasion depuis des mois, il a profité de la conférence de presse de clôture de la réunion annuelle du Conseil de la fédération, vendredi, à Halifax, pour dénoncer l'absence de dialogue avec Ottawa dans ce dossier, et la propension du gouvernement Harper à prendre des décisions unilatérales sans consulter les provinces.

«Nous voulons un dialogue et une discussion qui auraient dû avoir lieu avant que le gouvernement fédéral prenne des décisions unilatérales», a fait valoir le premier ministre Charest.

L'accroissement des coûts de santé estimée à six pour cent par année n'a rien «d'arbitraire», a-t-il insisté, en disant que le chiffre était basé sur la moyenne des dernières années en tenant compte du vieillissement de la population.

«Nous trouvons anormal que le gouvernement fédéral (ne) soit pas capable de nous dire quel devrait être le financement de nos systèmes de soins de santé», a-t-il ajouté.

M. Charest a rappelé qu'en 2004 le rapport produit par l'ex-premier ministre Roy Romanow concluait que la contribution du gouvernement fédéral devait être au minimum à 25 pour cent.

Il n'en fallait pas plus pour amener l'opposition péquiste à Québec à conclure que la preuve était faite comme quoi le Conseil de la fédération n'est qu'une coquille vide, inutile, dont il n'émane rien de concret.

Aux yeux du porte-parole de l'opposition en Affaires intergouvernementales, Bernard Drainville, le Québec a perdu tout rapport de force avec Ottawa au fil des ans. La seule façon pour le Québec de faire des gains consisterait donc à négocier directement avec Ottawa, selon lui, au lieu de se perdre dans de futiles discussions avec ses homologues des autres provinces aux intérêts divergents.

«Il faut rétablir le rapport de forces du Québec. Il faut passer d'une position de faiblesse à une position de force face à Ottawa», a-t-il commenté lors d'un entretien téléphonique.

Un éventuel gouvernement péquiste ne mettrait donc aucune énergie à faire fonctionner le Conseil de la fédération, parce que «c'est plus une nuisance qu'autre chose», selon M. Drainville.

À Halifax, les premiers ministres des provinces et territoires ont affirmé qu'ils perdront près de 36 milliards $ en 10 ans avec les changements proposés par Ottawa au système de transferts pour les soins de santé.

Le premier ministre du Manitoba, Greg Selinger, a dévoilé les données, prétendant que la formule souhaitée par Ottawa priverait les provinces de milliards de dollars en péréquation et financement pour la santé.

En décembre, le gouvernement de Stephen Harper avait pris les provinces par surprise et semé la colère en annonçant, unilatéralement, que l'augmentation annuelle de six pour cent des transferts fédéraux destinés à la santé, en vigueur depuis 2004, prendrait fin en 2017. Par la suite, la hausse suivra la progression du produit intérieur brut nominal, sans descendre sous la barre de trois pour cent par année.

Le gouvernement fédéral clame qu'il s'agit d'une nouvelle formule généreuse, mais le Québec, l'Ontario, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et Terre-Neuve-et-Labrador ont tous dénoncé qu'Ottawa l'ait imposée sans consultation.

M. Selinger a vertement critiqué le gouvernement fédéral pour avoir imposé son controversé calcul de financement pour le Transfert canadien en matière de santé (TCS), et ce, sans avoir pris soin de consulter les premiers ministres des provinces. Ceux-ci se plaignent d'ailleurs depuis longtemps de l'approche unilatérale prônée par Ottawa dans le développement de politiques.

«On parle d'un impact considérable. Nous continuons à croire à la notion de fédéralisme coopératif, où il doit y avoir des discussions sur ce genre d'affaires avant que des décisions ne soient prises, parce que cela a un énorme impact sur les Canadiens. Ces ressources signifient qu'il y aura moins de fonds disponibles pour les infirmières, les médecins et les soins de santé», a-t-il lancé.

Le rapport soumis par M. Selinger évalue les impacts des modifications prévues par le ministre des Finances Jim Flaherty, aux méthodes de calcul pour répartir les fonds pour les soins de santé entre les provinces. Ces changements doivent entrer en vigueur en 2014.

M. Selinger affirme que la part des coûts de la santé assumée par le gouvernement fédéral passera ainsi à moins de 20 pour cent.

Les premiers ministres ont convenu de poursuivre la discussion lors d'une rencontre, l'automne prochain, avec les ministres des Finances provinciaux et territoriaux.

«La prochaine étape sera de pousser plus loin l'évaluation et d'examiner de plus près les impacts, et la nécessité d'un partenariat approfondi avec le gouvernement fédéral dans ces dossiers», a déclaré le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Darrell Dexter, qui était l'hôte de ce Conseil de la fédération.

Faisant allusion à l'imminence d'une campagne électorale au Québec, qui pourrait être déclenchée dès mercredi, M. Charest a dit que la rencontre annuelle du Conseil de la fédération qui s'est tenue à Halifax ne serait pas sa dernière.

La prochaine doit avoir lieu en Ontario, à Niagara-on-the-Lake. M. Charest a promis de faire goûter les vins québécois à son homologue ontarien, Dalton McGuinty.

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