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Alep se prépare à une contre-offensive d'envergure de l'armée

27/07/2012 06:08 EDT | Actualisé 26/09/2012 05:12 EDT

Des hélicoptères des forces du régime mitraillaient vendredi certains quartiers d'Alep et des troupes se massaient aux abords de la deuxième ville et capitale économique de Syrie en vue d'une bataille cruciale entre le régime de Bachar al-Assad et les rebelles.

Une semaine après l'ouverture de ce nouveau front, les forces spéciales étaient déployées sur le flanc est de la ville et d'autres troupes sont arrivées en vue d'une contre-offensive généralisée vendredi ou samedi de l'armée, selon une source de sécurité.

Une députée de cette métropole a fait défection, a annoncé de son côté l'opposition, la quatrième d'un parlementaire depuis le début de la révolte contre Bachar al-Assad en mars 2011.

"Soulèvement des deux capitales, la guerre de libération continue" est le slogan des manifestations anti-régime prévues vendredi, les militants ne semblant pas découragés par les violences ayant fait plus de 19.000 morts depuis le début du soulèvement.

Plusieurs quartiers d'Alep étaient mitraillés vendredi par les hélicoptères des forces loyalistes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), notamment ceux du sud et sud-ouest comme Salaheddine, Boustane el-Kasr et al-Soukkari.

Des combats se sont déroulés dans le centre et quatre civils ont péri notamment dans le bombardement du quartier Firdaws dans le sud.

A Salaheddine (sud-ouest), des centaines de rebelles se préparent à une offensive majeure de l'armée.

"Les civils ont quitté le quartier", affirme à l'AFP un combattant à Salaheddine joint au téléphone. "L'armée n'a pas tenté de rentrer, elle est aux abords du quartier", a ajouté ce rebelle qui se fait appeler Moulhane.

Un photographe de l'AFP a vu jeudi des barricades de sacs de sable et des centres de soins installés dans les sous-sols des écoles et des mosquées. Les habitants du quartier, eux, fuyaient en masse --les femmes et les enfants surtout, le plus souvent à bord de camionnettes.

Les Etats-Unis ont déclaré jeudi redouter un massacre à Alep, tout en écartant de nouveau l'option militaire.

En attendant l'assaut, les rebelles, armés de fusils d'assaut Kalachnikov, de fusils mitrailleurs, de roquettes et de bombes artisanales attaquaient des postes de police et des renseignements.

Jeudi, la répression et les combats ont fait 164 morts dont 84 civils, 43 soldats et 37 rebelles. Ailleurs dans le pays, de violents combats se déroulent depuis plusieurs heures à Maaret al-Noomane, dans la région d'Idleb (nord-ouest).

Dans le même temps, 1.500 à 2.000 rebelles sont venus prêter main-forte à quelque 2.000 de leurs camarades dans la ville, a déclaré la source de sécurité, précisant que les insurgés tenaient des quartiers périphériques du sud et de l'est et les routes menant à l'aéroport.

Un porte-parole rebelle a fait état de l'arrivée de 100 chars de l'armée régulière et de nombreux véhicules militaires en renfort, s'attendant "à tout moment à une offensive majeure".

"C'est une bataille extrêmement importante pour les deux parties", estime l'ancien diplomate Ignace Leverrier.

"Pour le régime, c'est une ville commerciale dans laquelle il a beaucoup d'alliés, notamment parmi les hommes d'affaires sur lesquels il compte pour financer une partie de son effort de guerre", assure-t-il.

"Pour les rebelles, la ville est la clé de la Syrie du Nord", ajoute l'expert.

"En la prenant, ils rééditeront en quelque sorte le schéma de la Libye avec Benghazi et pourront assurer enfin la zone protégée réclamée depuis des mois par la révolution syrienne pour pouvoir soigner ses blessés et donner refuge aux déserteurs et à leur famille", estime M. Leverrier.

"Si vous contrôlez Alep, vous contrôlez virtuellement Idleb", région du nord-ouest que les rebelles affirment tenir en grande partie, renchérit Riad Kahwaji, directeur de l'Institute for Near East and Gulf Military Analysis (INEGMA) basé à Dubaï.

Sur le plan des défections, une députée d'Alep, Ikhlas Badaoui, est arrivée en Turquie avec ses six enfants et devrait se rendre au Qatar, selon un membre du Conseil national syrien (CNS).

Selon Samir Nachar, les autorités syriennes ont demandé aux députés d'Alep de quitter la ville pour Damas en raison d'une éventuelle offensive.

Pour le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a fustigé le "comportement abominable" de Bachar al-Assad, ce dernier "tombera" "tôt ou tard".

Dans le contexte des violences qui débordent dans les pays voisins, un enfant syrien de trois ans est mort vendredi après avoir été touché par des tirs des troupes du régime alors qu'il tentait de passer avec sa famille en Jordanie voisine, selon Amman.

Deux photographes néerlandais et britanniques, enlevés le 19 juillet dans le nord de la Syrie, ont été libérés.

bur-ram/sw

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