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Pilonnage de la ville syrienne d'Alep en prévision d'une offensive majeure

26/07/2012 02:57 EDT | Actualisé 25/09/2012 05:12 EDT

L'armée syrienne a pilonné jeudi des quartiers rebelles d'Alep en prévision d'une offensive majeure pour reprendre cette ville devenue un enjeu crucial du conflit en Syrie où les violences ont encore fait plus de 110 morts.

A Damas, où les troupes du régime de Bachar al-Assad ont reconquis la plupart des quartiers, des affrontements ont opposé les soldats aux rebelles regroupés dans le quartier Hajar al-Aswad, après des combats dans le camp palestinien de Yarmouk (sud), selon des habitants et des militants.

"Soulèvement des deux capitales, la guerre de libération continue" sera le slogan des manifestations vendredi à l'appel des militants anti-régime qui ne semblent pas découragés par les violences ayant fait plus de 19.000 morts depuis le début de la révolte en mars 2011 selon une ONG syrienne.

A Alep, deuxième ville du pays à 355 km au nord de Damas, les troupes ont bombardé en soirée le quartier Salaheddine tenu par les rebelles, ainsi que d'autres secteurs de la métropole, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

A Salaheddine, des centaines de rebelles se préparent à une offensive majeure de l'armée contre la ville après l'ouverture d'un nouveau front à Alep le 27 juillet.

Un photographe de l'AFP a vu des barricades de sacs de sable, un autobus disposé en travers d'une rue pour la bloquer et des centres de soins installés dans les sous-sols des écoles et des mosquées.

Plusieurs hélicoptères tournaient au-dessus des habitations et mitraillaient le sol. Les habitants du quartier, eux, fuyaient en masse --les femmes et les enfants surtout, le plus souvent à bord de camionnettes.

En attendant l'assaut, les rebelles, armés de fusils d'assaut Kalachnikov, de fusils mitrailleurs, de roquettes et de bombes artisanales lançaient de petites offensives contre des postes de police et des renseignements.

L'espoir, estiment-ils, réside dans la solidarité des autres combattants qui viendraient renforcer les défenses de Salaheddine ou ralentiraient l'arrivée de l'armée avec des sabotages et des escarmouches.

"Les forces spéciales se sont déployées sur le flanc est de la ville et d'autres troupes sont arrivées en vue d'une contre-offensive généralisée vendredi ou samedi" de l'armée à Alep, a indiqué une source de sécurité.

Dans le même temps, 1.500 à 2.000 rebelles sont venus prêter main-forte à quelque 2.000 de leurs camarades dans la ville, a-t-elle ajouté, précisant que les insurgés tiennent des quartiers périphériques du sud et de l'est et les routes menant à l'aéroport.

Le porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL, formée de déserteurs) à Alep, Abdel Jabbar al-Okaidi, a fait état de l'arrivée de 100 chars et de nombreux véhicules militaires en renfort à Alep. "Nous nous attendons à tout moment à une offensive majeure".

Si Alep tombe, "le régime est fini et les deux adversaires le savent", a estimé Rami Abdel Rahmane, président de l'OSDH.

Pour le journal proche du régime Al-Watan il s'agira de "la Mère de toutes les batailles".

Devant une base des rebelles dans Alep, un camion chargé de cartons portant les inscriptions en arabe "masques à gaz" a d'autre part été vu, selon ce correspondant.

Damas a reconnu lundi pour la première fois posséder des armes chimiques, affirmant qu'elles ne seraient jamais employées contre la population mais menaçant de les utiliser en cas d'intervention militaire étrangère.

L'Unesco a demandé aux belligérants d'"assurer la protection de l'héritage culturel exceptionnel" d'Alep, "cité ancienne (qui) a conservé un héritage exceptionnel reflétant la diversité des cultures des peuples qui s'y sont installés depuis plus d'un millénaire".

Les violences --pilonnage, opérations de l'armée et combats entre soldats et rebelles-- ont touché d'autres villes, notamment Deraa (sud) bombardée par des hélicoptères, et Damas et sa région, selon l'OSDH qui recense au moins 114 morts --61 civils, 32 soldats et 21 insurgés.

Le chef de l'ONU Ban Ki-moon a dénoncé un "carnage" en Syrie et a fortement reproché à la communauté internationale de ne pas protéger les civils, alors que le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU Hervé Ladsous a dit à Damas que les Nations unies continueraient d'oeuvrer pour faire cesser les violences.

Pour le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a fustigé le "comportement abominable" de Bachar al-Assad, ce dernier "tombera" "tôt ou tard".

Le général Manaf Tlass, plus haut gradé ayant fait défection et ami d'enfance de M. Assad, a rencontré des responsables en Turquie après un séjour en Arabie Saoudite, deux pays hostiles au régime syrien. Il avait dit préparer un plan pour un règlement impliquant d'"honnêtes" gens au sein du régime mais sans M. Assad.

Pour leur part, des opposants syriens réunis à Rome ont appelé à une solution politique, demandant un cessez-le-feu et une réconciliation nationale.

Face à l'escalade, Israël a renforcé la sécurité le long de sa ligne d'armistice avec la Syrie et de nombreux soldats ont été envoyés sur le plateau du Golan, "officiellement pour s'entraîner".

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