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Manon Briand effectue un retour avec «Liverpool», film collé sur l'actualité

26/07/2012 12:33 EDT | Actualisé 25/09/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - On a carrément l’impression, dans les dernières minutes du film «Liverpool», de visionner une adaptation cinématographique des événements qui ont secoué le Québec au cours des derniers mois. Sans vendre la mèche, disons simplement que la conclusion de ce nouveau long-métrage signé Manon Briand met en exergue la formidable puissance des réseaux sociaux, qui sont capables du meilleur comme du pire.

La réalisatrice, qui effectue un retour au grand écran après une décennie d’absence — son dernier film, «La turbulence des fluides», est sorti en 2002 — a pourtant rédigé son scénario il y a environ trois ans. Avant le printemps arabe, avant la crise étudiante québécoise. Elle s’était alors surtout intéressée au caractère parfois narcissique des utilisateurs de ces réseaux sociaux, tout en se demandant s'il n'y avait pas moyen d'exploiter autrement les Facebook, Twitter et autres.

«J’observais ça et je trouvais ça quand même troublant. Je me disais qu’il devrait y avoir des raisons plus nobles que l’autopromotion de se servir des réseaux sociaux. C’est un peu dans un genre de fantasme que j’ai écrit les scènes finales du film (…) et là, tout d’un coup, la réalité s’est mise à exploser devant moi», se souvient-elle.

«Au moment où elle parlait des scènes finales, tout le monde se disait que c’était un peu gros (…) Finalement, c’est drôle, parce que là, on est en plein dans l’actualité. On n’aurait pas pu espérer mieux pour ce film-là», renchérit la chanteuse (et de plus en plus comédienne) Stéphanie Lapointe.

La distribution de «Liverpool» est audacieuse, et sa réalisatrice en est fort consciente. Hormis l’ancienne académicienne, les premiers rôles ont été dévolus à un jeune acteur fraîchement diplômé du Conservatoire, Charles-Alexandre Dubé, et au touche-à-tout Louis Morissette, que l’on n’a pas l’habitude de voir au grand écran — sans parler de la présence de Tony Conte, qui a eu de sérieux démêlés avec la justice pour une affaire de trafic de cocaïne, et du chef cuisinier Giovanni Apollo.

Stéphanie Lapointe prête ses traits à Émilie, préposée au vestiaire d’une boîte branchée de Montréal, qui se retrouve plongée bien malgré elle dans une histoire abracadabrante. L’un des clients de l’établissement qui a le béguin pour elle, Thomas (Charles-Alexandre Dubé), lui prêtera main-forte, mais ensemble, ils trouveront sur leur chemin l’ambitieux David (Louis Morissette), cadre au sein d’une compagnie de transport maritime qui baigne dans des histoires louches.

Manon Briand a opté pour Stéphanie Lapointe («La peur de l’eau») et Charles-Alexandre Dubé (vu dans «Starbuck») après avoir vu les deux à l’oeuvre lors d’un essai conjoint, pendant le processus d'auditions.

«Ultimement, ce dont j’avais besoin, c’était d’un couple. Donc, je dirais que Stéphanie a pu exister dans le personnage à partir du moment où Charles-Alexandre est apparu. Quand j’ai mis les deux ensemble, là, j’ai su que le couple existait et qu’il était crédible», relate la cinéaste.

Dans «Liverpool», les deux acteurs incarnent des personnages timides, secrètement amoureux l’un de l’autre, que le destin réunira. Ils reconnaissent d’emblée qu’ils n’ont pas eu à feindre cette timidité.

«Je suis assez introverti de nature moi aussi. Mais j’essaie de ne pas juste avoir des amis sur Facebook contrairement au personnage de Thomas. Il est fonceur un peu plus que moi», souffle Charles-Alexandre Dubé, sourire en coin.

Sa partenaire de jeu, pour sa part, reconnaît qu’elle dissimule sous son petit air réservé et fragile une force de caractère et une assurance qui lui ont permis de foncer tête première dans cette aventure sans hésitation, et sans trop se prendre la tête en sachant qu'elle aurait la lourde tâche de porter le film sur ses frêles épaules.

«Quand j’ai appris que je faisais le film, je me suis dit: ‘Oui, c’est vrai, ça arrive enfin!’. C’est quelque chose que je souhaitais depuis longtemps, et j’avais fait plusieurs auditions pour décrocher ce rôle-là», expose Stéphanie Lapointe.

Louis Morissette, pour sa part, n’a pas eu à passer d’audition. D’entrée de jeu, Manon Briand jugeait qu’il avait tout ce qu’il fallait pour camper le personnage de David, un «méchant» loin d’être unidimensionnel que l’ex Mec-Comique a approché en s’inspirant des gros bonnets véreux ayant défrayé les manchettes ici et ailleurs au cours des dernières années.

«Ce personnage-là représente assez bien notre société. Son problème, c’est qu’il veut performer, performer encore plus, contrôler plus, faire plus d’argent plus vite. Et c’est ça qui arrive trop souvent dans la vie, notamment aux hommes d’affaires: tu fais la ‘shot’ de trop qui t’amène à ‘dealer’ avec du monde pas trop recommandable, à manquer d’éthique, et là, tu te brûles.»

Et c’est son personnage qui, effectivement, finira par se brûler lorsque les informations concernant son commerce interlope se répandront comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux.

«Liverpool» prendra l'affiche le 3 août.

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