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JO-2012: les "jeux de Bhopal" dénoncent le partenariat de Dow Chemical

26/07/2012 08:54 EDT | Actualisé 25/09/2012 05:12 EDT

Des enfants handicapés vivant près de l'usine indienne de Bhopal, d'où s'était échappé un nuage de gaz toxique en 1984, ont participé jeudi à une manifestation dénonçant la présence du géant de l'industrie chimique Dow Chemical parmi les parraineurs des JO de Londres.

Une centaine d'enfants souffrant d'un handicap mental ou physique, certains en fauteuil roulant, d'autres pouvant à peine marcher, ont pris part aux "Jeux olympiques spéciaux de Bhopal" sur un terrain de sports boueux près de l'usine du groupe Union Carbide, responsable du pire accident industriel de l'histoire.

Plusieurs épreuves étaient organisées, telles que de brèves courses ou des marches.

A la veille de l'ouverture officielle des JO dans la capitale britannique, cette manifestation a été organisée pour rappeler la souffrance de la population dans cette ville du centre de l'Inde et les liens avec Dow Chemical, qui a racheté l'usine d'Union Carbide en 2001.

"Les enfants sont nés comme ça à cause du gaz. Nous manifestons toujours contre le groupe", explique Kesar Bai, une mère de 45 ans qui habite dans un bidonville près de l'usine.

"Il y a beaucoup d'enfants dans mon village qui souffrent d'un handicap, au moins 10 ou 12", ajoute-t-elle, tout en berçant son fils Pratab, né avec une infirmité motrice cérébrale.

Selon le Conseil indien sur la recherche médicale (ICMR), un organisme gouvernemental, la fuite de gaz dans la nuit du 3 décembre 1984 a fait entre 8.000 et 10.000 morts au cours des trois premiers jours mais des centaines de milliers de personnes ont été affectées par la suite.

"Nous nous sommes réveillés à 02H00 du matin cette nuit là. Tout le monde courait. Si quelqu'un tombait, les autres lui marchaient dessus", se souvient Kesar Bai.

La multinationale américaine Dow Chemical, l'un des principaux parraineurs des JO et du Comité international olympique (CIO) a rejeté les appels à verser davantage de compensations financières aux victimes.

Le groupe estime que les responsabilités ont été effacées depuis l'accord de 1989 avec le gouvernement indien pour le versement de 470 millions de dollars d'indemnisations des victimes, avec abandon de poursuites pénales.

Dow estime qu'il est désormais de la responsabilité de l'Etat indien d'assumer les coûts supplémentaires en matière de santé et de nettoyage du site.

Un porte-parole de Dow Chemical, Scott Wheeler, a indiqué à l'AFP que le groupe regrettait "les accusations infondées et mal orientées" contre l'entreprise.

Sa présence parmi les sponsors des JO a ranimé la colère des habitants de Bhopal, qui ont manifesté maintes fois dans le pays pour demander un boycott des JO. Le gouvernement indien s'est borné à demander au CIO le retrait de Dow.

Amnesty International a récemment jugé que le choix de Dow comme sponsor était "absurde" et qu'il était temps pour le comité organisateur britannique d'"admettre leur erreur et de s'excuser".

En tant que sponsor d'envergure, Dow a le droit d'afficher sa marque pendant que les télévisions du monde entier filmeront les épreuves. Il a par ailleurs financé une structure provisoire servant à habiller une partie du stade olympique dans l'est de Londres.

Les victimes de Bhopal dénoncent aussi les manquements du gouvernement indien, critiqué pour ne pas avoir nettoyé complètement le site, plus de 25 ans après la tragédie.

En juin, l'Inde a donné son accord à l'organisme public allemand d'aide au développement GIZ pour qu'il incinère en Allemagne 350 tonnes de déchets de l'usine. Des tonnes de déchets chimiques produits par l'usine avant l'accident ont été laissées à l'abandon autour du site, polluant les nappes phréatiques.

adp/blb/ep

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