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Espagne: les marchés ne relâchent pas la pression

25/07/2012 12:52 EDT | Actualisé 24/09/2012 05:12 EDT

MADRID - Les marchés ne relâchent pas leur intense pression sur l'Espagne, qui doit payer de plus en cher pour emprunter. La récession, les régions surendettées, les banques plombées par les investissements immobiliers toxiques et la colère sociale ont exacerbé les inquiétudes suscitées par la quatrième économie de la zone euro.

Le taux d'intérêt sur les obligations espagnoles à dix ans, qui traduit la confiance des investisseurs dans les capacités de remboursement du pays, a encore grimpé de 0,11 point jusqu'à 7,65 pour cent mercredi matin, avant de terminer à 7,37 à la clôture des marchés.

Cela fait plusieurs semaines que l'Espagne connaît un taux supérieur à 7 pour cent, seuil au-delà duquel la situation n'est plus jugée tenable à long terme pour un pays. Si emprunter sur les marchés devenait vraiment trop cher, l'Espagne pourrait être obligée de demander une aide à ses partenaires européens et au Fonds monétaire international (FMI) comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal.

L'Espagne, dont le secteur bancaire va recevoir une aide financière de la zone euro, assure qu'elle n'aura pas besoin d'un plan de sauvetage pour ses finances publiques. Mais beaucoup d'investisseurs pensent désormais le contraire.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy presse, lui, la Banque centrale européenne (BCE) d'intervenir pour racheter de la dette espagnole et permettre de relâcher un peu la pression. Mais ses appels n'ont pas été entendus.

Face à ces nouvelles difficultés, Madrid cherche le soutien de ses partenaires. Après avoir rencontré la veille son homologue allemand Wolfgang Schaüble, le ministre espagnol de l'Economie Luis de Guindos s'est entretenu avec Pierre Moscovici à Paris. Tous deux ont affirmé à l'issue de cette rencontre qu'ils pensaient que les taux d'intérêt qui prévalent actuellement sur les marchés de dette souveraine «ne reflètent pas les fondamentaux de l'économie espagnole, son potentiel de croissance et la soutenabilité de sa dette publique».

Dans un communiqué commun, les deux ministres ont plaidé pour une mise en oeuvre rapide du plan de secours pour les banques espagnoles, «étape-clé pour restaurer la confiance dans le système financier espagnol». Les ministres des Finances des 17 pays de la zone euro, l'Eurogroupe, avaient donné vendredi leur feu vert final à cette aide qui pourra aller jusqu'à 100 milliards d'euros. Mais cela n'a pas apaisé les inquiétudes des marchés, car ce serait en dernier recours l'État espagnol qui devrait rembourser ces prêts en cas de défaillance des banques.

Les inquiétudes des marchés s'expliquent par la situation de l'économie espagnole, qui traverse actuellement sa seconde période de récession en trois ans, après l'explosion en 2008 de la bulle immobilière qui avait alimenté l'économie pendant plus d'une décennie. Le taux de chômage dépasse les 24 pour cent de la population active et plus de la moitié des jeunes de moins de 25 ans sont à la recherche d'un emploi alors que les réformes du marché du travail ont facilité les licenciements.

Lundi, la Banque d'Espagne a annoncé que le Produit intérieur brut (PIB) avait diminué de 0,4 pour cent au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent. Le gouvernement ne prévoit pas de retour à la croissance avant 2014, d'autant que les nouvelles mesures d'austérité qu'il a engagées pèsent sur les entreprises et les consommateurs.

En fin de semaine dernière, il a annoncé que la récession se poursuivrait en 2013, avec une contraction de 0,5 pour cent du PIB, alors qu'il attendait jusqu'alors une croissance de 0,2 pour cent pour l'an prochain. Pour cette année, la contraction devrait être légèrement moins forte qu'attendu, avec un recul du PIB de 1,5 pour cent contre 1,7 pour cent attendu.

Aux sombres perspectives pour la croissance, vient s'ajouter la situation des 17 régions semi-autonomes espagnoles, si endettées que beaucoup ne peuvent plus lever des fonds sur les marchés.

Depuis vendredi, deux d'entre elles, Valence et Murcie, ont fait savoir qu'elles allaient puiser dans la ligne de crédit récemment mise en place par le gouvernement espagnol pour les régions à court de liquidités. Et la puissante Catalogne (nord-est), a annoncé mardi qu'elle envisageait elle aussi de demander l'aide de Madrid. La région affiche la plus forte dette des régions, 42 milliards d'euros, mais c'est aussi le principal contributeur au PIB espagnol.

D'autres régions risquent de suivre, menaçant de déborder le gouvernement de Madrid. D'après le quotidien «El Pais», la dette cumulée des régions atteindrait 140 milliards d'euros et il leur faudrait cette année 36 milliards pour la financer. Le fonds mis en place le 13 juillet dernier par le gouvernement espagnol disposera de 18 milliards d'euros, dont une partie proviendra de la loterie nationale. S'il faut davantage, Madrid devra emprunter, à des taux exorbitants, ou demander une aide.

Les craintes des investisseurs sur le poids des dettes régionales avaient déjà été relancées en mai dernier quand le gouvernement espagnol avait dû réviser à la hausse pour la seconde fois le chiffre du déficit budgétaire pour 2011, qui a atteint 8,9 pour cent du PIB. Une correction gênante intervenue après que quatre des régions ont confirmé que leurs dépenses avaient dépassé les prévisions.

Pendant le boom immobilier, les régions avaient profité d'une manne sans précédent grâce aux permis de construire et taxes. Elles s'étaient lancées dans le financement de grands projets d'infrastructures et les rangs des fonctionnaires avaient grossi. De nouveaux parcs, autoroutes, piscines publiques, bâtiments flambant neufs et aéroports avaient fleuri. Avec l'effondrement du marché immobilier, elles se retrouvent aujourd'hui sans argent pour payer les factures et rembourser leurs dettes.

Les banques payent elles aussi le prix de l'effondrement du marché immobilier. En mai dernier, Bankia, cinquième banque du pays, a créé un choc en annonçant qu'elle aurait besoin de 19 milliards d'euros pour couvrir ses prêts et actifs toxiques. Peu après, l'Espagne était forcée de demander l'aide de ses partenaires européens pour éviter d'aggraver encore l'état de ses finances en renflouant ses banques. Madrid n'a pas encore estimé avec précisions les besoins du secteur bancaire, dans l'attente des résultats des audits approfondis qui devraient tomber en septembre. On ignore encore si cela restera dans le cadre des 100 milliards promis par la zone euro.

Et le plan d'aide aux banques n'a pas rassuré les investisseurs sur l'état des finances publiques. Deux tiers des obligations espagnoles sont détenues par les banques, fonds de pensions et compagnies d'assurances du pays, une part qui a augmenté de 50 pour cent par rapport à l'an dernier. C'est le signe que la dette espagnole attire de moins en moins d'investisseurs étrangers.

Enfin, le mécontentement monte dans la population devant les nouvelles mesures d'austérité adoptées par le gouvernement Rajoy. Le 11 juillet, les mineurs espagnols et leurs soutiens ont manifesté à Madrid pour protester contre la baisse des subventions publiques. Des accrochages avec les forces de l'ordre ont fait 22 blessés chez les protestataires et dix chez les policiers. Des policiers, en dehors des heures de service, et des pompiers commencent à se joindre aux cortèges de fonctionnaires en colère.

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