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RDC: les humanitaires dialoguent avec l'armée et les rebelles dans l'est

24/07/2012 04:07 EDT | Actualisé 22/09/2012 05:12 EDT

Les travailleurs humanitaires de la province instable du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où l'armée combat notamment des mutins ex-rebelles, doivent dialoguer aussi bien avec les forces régulières qu'avec les groupes armés pour agir.

"On est obligé d'avoir une certaine forme de communication avec les différentes parties au conflit pour éviter de se retrouver pris entre deux feux, et pour accéder autant que possible aux personnes qui en ont besoin", explique sous couvert d'anonymat une source onusienne.

Pas de règle fixe. Les échanges se font aussi bien face à face que par téléphone. En revanche, tous mettent un point d'honneur à ne pas divulguer la teneur de leurs discussions avec les Forces armées (FARDC) et les groupes armés, locaux ou étrangers.

Au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ce dialogue sert à "maintenir l'accès aux victimes et à tenter d'influencer des changements de comportement lorsque des violations sont observées", explique Krista Armstrong, chargée de la communication.

Les FARDC affrontent depuis mai des mutins se réclamant du Mouvement du 23 mars (M23), issus de l'ex-rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), et confinés dans une petite bande du Parc national des Virunga, à la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda.

L'armée, soutenue par la Mission de l'ONU (Monusco), affronte aussi des groupes armés, qui ont pour certains gagné du terrain dans la province après que le président Joseph Kabila a suspendu en avril des opérations militaires dans les Nord et Sud Kivu suite à une série de désertions.

Si un calme relatif règne depuis deux semaines, le regain de violences a provoqué le déplacement de 220.000 personnes, alors que 30.000 autres ont fui en Ouganda et au Rwanda. Comme souvent, le dialogue des ONG ou agences onusiennes avec l'armée et les groupes armées semble faciliter l'assistance humanitaire.

"Généralement, l'armée et les différentes rébellions nous connaissent. Chaque fois qu'ils voient notre drapeau, ils nous acceptent. Quand les nouveaux ne savent pas qui nous sommes, nous leur expliquons ce que nous faisons, et ça va", explique Dominique Lutula, président de la Croix-Rouge congolaise.

"De temps en temps, l'armée ou le M23 nous contactent pour nous dire qu'il y a des blessés ou des cadavres pour que nous venions évacuer ceux qui ont besoin de soins ou enterrer les morts, afin d'éviter les épidémies. Et quand la zone est vraiment rouge, ils nous demandent d'attendre un peu", ajoute-il.

Selon lui, certains groupes armés ne prennent pas en compte l'immunité de principe des humanitaires. Parfois ils poussent les personnels de la Croix-Rouge à fuir avec les villageois en cas d'attaque.

Autre problème à gérer dans l'instable Kivu: les attaques indéterminées. Dimanche, dans le territoire de Rutshuru, où est implanté le M23, plusieurs véhicules et une voiture de l'ONG congolaise Heal Africa ont été arrêtées par des hommes armés.

Dans leur voiture, il y avait deux femmes victimes de violences sexuelles qui devaient être hospitalisées à Goma, la capitale du Nord-Kivu. "Deux bandits avaient une kalachnikov et un autre une machette", raconte une photojournaliste américaine, qui participait à la mission.

"L'un m'a frappé bien fort à la poitrine, m'a frappé encore. Ils ont pris mon appareil photo et mon portefeuille, et ils sont venus vers moi après pour plus d'argent", raconte-elle, indiquant que les assaillants parlaient "le swahili (langue parlée en Afrique de l'est) avec les gens, qu'ils ont pour beaucoup frappés, et le kinyarwanda (langue parlée au Rwanda) entre eux".

Dans ce contexte d'insécurité, des humanitaires "se font parfois escorter par la Monusco quand la zone est rouge", souligne la source onusienne. Mais parfois, les risques sont trop grands. Alors, pas le choix: des acteurs réduisent leurs activités, ou les suspendent.

hab/pb/ej

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