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La Jordanie devrait éviter toute implication militaire en Syrie (analystes)

24/07/2012 07:45 EDT | Actualisé 23/09/2012 05:12 EDT

La flambée de violences en Syrie et la crainte de voir ce pays utiliser des armes chimiques ont déclenché la sonnette d'alarme en Jordanie voisine, qui pourrait être entraînée dans un conflit aux conséquences "graves", ont indiqué des analystes.

"La Jordanie suit de très près les développements en Syrie. Nous allons garantir qu'ils n'auront aucun impact, au niveau de la sécurité, de la situation humanitaire ou sociale, sur le royaume", a indiqué le Premier ministre Fayez Tarawneh lundi soir en visitant en compagnie du chef des armées un camp de réfugiés syriens dans le nord du royaume.

"Le pays fera tout ce qui est en son pouvoir pour préserver la sécurité nationale et pour protéger les citoyens, tout en prenant en considération la situation de nos frères syriens réfugiés", a-t-il ajouté.

Selon des sources proches du gouvernement jordanien, "des réunions quotidiennes sont organisées pour examiner la possibilité de déployer des forces spéciales (en Syrie, ndlr) si le régime syrien ne réussit pas à sécuriser ses armes chimiques et biologiques".

Ces informations n'ont pas pu être confirmées de source officielle, mais il est clair que la Jordanie suit de près et avec une inquiétude croissante la situation en Syrie.

Mais "dans les circonstances actuelles, il est possible que la Jordanie prenne" une telle décision, a estimé Oreib Rintawi, chef du Centre Al-Qods pour les Etudes politiques tout en soulignant qu'il s'agirait d'une évolution "dangereuse".

"Amman a besoin d'une protection arabe et internationale. Sinon, les répercussions seront graves", a-t-il ajouté.

Les autorités, déjà préoccupées par le fardeau financier et logistique qu'implique la présence de quelque 140.000 réfugiés syriens sur leur territoire, ont annoncé dimanche avoir renforcé la sécurité à la frontière nord du pays.

Le régime syrien a reconnu lundi pour la première fois posséder des armes chimiques et menacé de les utiliser en cas d'intervention militaire occidentale mais jamais contre sa population, suscitant immédiatement des mises en garde internationales.

"Je ne suis pas sûr de ce présumé arsenal (...) Je pense que tout cela est un prétexte invoqué par l'Occident pour entraîner la Jordanie dans le conflit syrien", a indiqué Oreib Rintawi.

"Nous devons être prudents. Les Etats-Unis et d'autres avaient prétendu que l'Irak possédait toutes sortes d'armes non conventionnelles, pour pouvoir l'envahir", a-t-il ajouté.

"Si la Jordanie s'immisce (dans le conflit en Syrie), elle le fera au nom des Etats-Unis et d'Israël, et nous n'avons pas besoin de cela", souligne pour sa part l'analyste politique, Labib Kamhawi.

"Le rôle de la Jordanie devrait se focaliser sur l'aide humanitaire aux réfugiés syriens. Le pays ne devrait pas s'impliquer dans une quelconque action militaire, d'autant que le tollé sur des armes chimiques et biologiques n'est qu'un prétexte pour attaquer la Syrie", a-t-il indiqué.

Israël a indiqué dimanche qu'il craignait que les armes chimiques tombent entre les mains du Hezbollah chiite libanais, un allié de la Syrie. Et les Etats-Unis ont averti le régime de Bachar al-Assad qu'il devrait rendre des comptes s'il utilisait ces armes.

L'ancien ambassadeur syrien en Irak, Nawaf Farès, qui a fait défection, et l'Armée syrienne de libération (ASL) ont laissé entendre que le régime aurait déjà utilisé des armes chimiques dans le conflit actuel.

"La situation géographique de la Jordanie, les capacités de son armée et de ses services de renseignement font que le pays est le mieux placé pour aider à sécuriser ces présumées armes chimiques", a indiqué l'analyste Mohammed Masri du Centre d'études stratégiques à l'université de Jordanie.

Citant des responsables américains et arabes, le Wall Street Journal avait rapporté en mars que "des responsables militaires américains et jordaniens préparent conjointement des plans pour sécuriser ce que l'on pense être un immense stock syrien d'armes chimiques et biologiques".

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