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JO-2012 - Yamilé Aldama: ne l'appelez pas "Plastic Brit"

24/07/2012 06:23 EDT | Actualisé 23/09/2012 05:12 EDT

Qu'elle monte ou non sur le podium du triple saut, Yamilé Aldama restera dans l'histoire olympique pour avoir participé aux Jeux pour trois pays différents, Cuba, le Soudan et la Grande-Bretagne, mais la quadragénaire refuse d'être classée parmi les controversés "Plastic Brits".

"Britanniques de plastique": ainsi sont surnommés ces sportifs soupçonnés d'avoir adopté la nationalité britannique par opportunisme, en dépit de liens parfois ténus avec le Royaume-Uni, pour profiter de ses infrastructures ou échapper à une concurrence trop relevée dans leur pays d'origine.

Tiffany Porter, une spécialiste du 100 m haies plus américaine que britannique selon certains, des lutteurs d'origine ukrainienne ou des handballeurs binationaux venus des quatre coins de l'Europe ont été catalogués par la presse dans cette catégorie polémique.

Aldama, elle, n'accepte pas qu'on puisse voir en elle une profiteuse car c'est sa vie, si mouvementée qu'elle pourrait inspirer un scénariste de cinéma, qui l'a conduite à exercer son talent sous trois bannières distinctes.

"Je vis dans ce pays depuis onze ans, je suis mariée à un Britannique, mes enfants sont britanniques et je travaille avec un entraîneur britannique dans un club britannique", a écrit l'athlète dans un billet publié par l'hebdomadaire The Observer.

Née à La Havane en 1972, Yamilé a disputé les premiers de ses cinq jeux Olympiques pour son île natale à Atlanta en 1996, avant d'échouer au pied du podium à Sydney en 2000, toujours sous les couleurs de Cuba.

C'est l'amour qui a fait prendre un tournant inattendu à son existence. Après avoir rencontré un Ecossais qui séjournait à Cuba pour y apprendre l'espagnol, Aldama a quitté les Caraïbes en 2001 pour l'épouser.

Hélas l'année suivante, l'époux allait être condamné à quinze ans de prison pour trafic de drogue, laissant Yamilé seule avec leur premier enfant, Amil.

Les formalités de naturalisation entamées avant ce désastre n'ont pas abouti à temps: ni pour les Championnats du monde 2003 à Paris, alors qu'elle venait d'établir la meilleure performance de la saison avec un triple bond à 15,29 m, ni pour les jeux Olympiques d'Athènes l'année suivante.

Obligée de concourir pour vivre, Aldama s'est mise à la recherche d'un pavillon de complaisance, celui du Soudan. C'est avec ce maillot qu'elle est parvenue à disputer les Jeux de 2004, où elle a pris la cinquième place, puis ceux de 2008 à Pékin.

A quelques jours de ses 40 ans (le 14 août), le surlendemain de la cérémonie de clôture, l'athlète va jouer sa dernière chance de médaille à Londres. Championne du monde en salle cet hiver (14,92 m), elle fait partie des candidates les plus sérieuses au titre, malgré une blessure à l'épaule qui a perturbé sa préparation.

Aldama va pouvoir pour la première fois depuis plus de dix ans concourir l'esprit tranquille, car sa vie a repris un cours plus serein. Son mari a été libéré de prison en 2009. Le passeport britannique est arrivé en 2010 et l'athlète a donné naissance à leur deuxième enfant.

"Si on avait dit il y a un an et demi, après la naissance de Diego, qu'elle serait une des favorites pour la médaille d'or, tout le monde se serait esclaffé. Elle a montré ce qu'on pouvait faire en croyant en soi", a dit son camarade d'entraînement Chris Tomlinson.

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