NOUVELLES

Amiante: des épidémiologistes de plusieurs pays en réclament le bannissement

24/07/2012 04:20 EDT | Actualisé 23/09/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Des épidémiologistes de plusieurs régions du monde unissent leurs voix pour demander le bannissement de l'amiante, affirmant qu'il ne peut être utilisé de façon sécuritaire.

Le comité mixte des politiques des sociétés d’épidémiologie (CMP-SE) a publié mardi un énoncé de position sur l’amiante.

«La science a clairement démontré que toute forme d'amiante cause des problèmes de santé et des décès prématurés. Selon l'Organisation mondiale de la santé, plus de 107 000 personnes meurent chaque année en raison de leur exposition à de l'amiante sous n'importe quelle forme», a indiqué le docteur Colin Soskolne, épidémiologiste, professeur à la School of Public Health de l'Université de l'Alberta et président sortant de la Société canadienne d'épidémiologie et de biostatistique.

Le document demande que l'extraction, l'utilisation et l'exportation d'amiante soient bannies à l'échelle mondiale. Il exhorte les pays exportateurs, dont le Canada, à agir et à apporter une aide aux régions qui pourraient souffrir de la fermeture de mines locales, comme celle d'Asbestos, au Québec.

Selon les épidémiologistes, l'utilisation continue de la fibre se traduira inévitablement par «un désastre de santé publique» et des morts prématurées pour des décennies à venir dans les pays en voie de développement où il est exporté.

«Il était nécessaire que les épidémiologistes fassent cette première sortie commune parce que les gouvernements, l'industrie — et les avocats qui les défendent — s'appuient sur ce qu'ils appellent 'une controverse' dans la science épidémiologique», a expliqué le docteur Soskolne à La Presse Canadienne. «Nous sommes là pour démontrer qu'il n'y a pas de controverse et qu'il faut agir maintenant. Il y a assez de preuves pour justifier le bannissement complet de l'amiante.»

«Ils ne vont pas dans la dentelle», a répliqué le président du Mouvement pro chrysotile, Serge Boislard. «Lorsqu'on dit que tous les types d'amiante sont cancérigènes, on est d'accord avec ça mais jusqu'à quel point? Il faudrait peut-être qu'ils apportent des nuances.»

«Tout le monde sait que le chrysotile, comme tous les autres types d'amiante, est cancérigène, a-t-il poursuivi. Ce qu'on ne dit pas c'est la différence de dangerosité. Ce sont des demi-vérités.»

Le Mouvement pro chrysotile a été fondé par les communautés de Thetford Mines et Asbestos. Il compte notamment sur l'appui des municipalités locales, des élus locaux et des gouvernements du Canada et du Québec.

Québec n'a d'ailleurs pas caché son biais en faveur de l'industrie en annonçant qu'il prêterait 58 millions $ pour relancer la mine Jeffrey, à Asbestos, surtout pour fins d'exportation, décision qui a vivement déçu les épidémiologistes.

«La décision du gouvernement québécois est une démonstration honteuse d'une indifférence absolue face à la science et d'une prise de position immorale qui porterait atteinte à la santé publique à l'échelle internationale», a laissé tomber le docteur Soskolne. «Le Canada ne devrait pas extraire de l'amiante et ensuite tromper des gens, particulièrement des gens vulnérables dans des parties du monde en développement, en leur faisant croire que l'amiante peut être utilisée de façon sécuritaire.»

De passage à Montréal pour y annoncer une série de subventions dans le domaine culturel, le ministre fédéral de l'Industrie, Christian Paradis, a toutefois défendu l'approche canadienne.

«Notre gouvernement a toujours prôné l'approche d'une utilisation sécuritaire de la fibre chrysotile non seulement dans l'exploitation mais dans l'utilisation aussi. C'est une politique qui a été façonnée au cours des 30 dernières années. Il y a moyen d'utiliser cette fibre de façon sécuritaire. Mais je comprends également les nombreux défis auxquels fait face l'industrie à l'heure où l'on se parle.»

Le ministre Paradis a d'ailleurs reconnu que le principal défi résidait dans le contrôle de l'utilisation par des pays tiers et il n'a pas été en mesure d'avancer des garanties fermes en ce sens.

«Dans le projet de la mine Jeffrey, évidemment il y aurait des ententes qui seraient signées avec les clients pour une utilisation sécuritaire. Il y aurait du contrôle de fait. Maintenant, moi je ne suis pas en mesure de vous dire ce qui en est exactement et ce qui retournera dans l'avenir mais oui, la politique d'utilisation sécuritaire existe. Ça peut être fait de façon correcte mais il faut que ce soit aussi appliqué non seulement au niveau de l'extraction mais au niveau de l'utilisation et de la manutention. On l'a fait ici au Canada, mais ça doit se faire ailleurs dans le monde.»

D'autre part, le comité international d’épidémiologistes souhaite que soient rendus publics des inventaires précis des bâtiments contenant de l'amiante, en particulier les écoles et les bâtiments fréquentés par des enfants.

PLUS:pc