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23/07/2012 04:24 EDT | Actualisé 21/09/2012 05:12 EDT

En Syrie, Abou Hanna, chrétien et "conseiller" de rebelles sunnites

Il a la voix éraillée par les cigarettes qu'il fume à la chaîne et une bonhomie roublarde qui charme ses interlocuteurs: Abou Hanna, 60 ans, est un chrétien syrien engagé au côté d'un groupe de rebelles sunnites qui défient le régime du dictateur Bachar Al-Assad.

Dans la superbe campagne entourant la grande ville de Hama (centre), 30 insurgés ont pris leurs quartiers dans une maison sans âme présentant toutes les caractéristiques du repaire de rebelles: sale, désordonnée, surpeuplée et parsemée d'armes et de munitions.

Il est 11H00, les visages sont marbrés par la fatigue du réveil avant l'aube. Le ramadan a commencé. Quand surgit Abou Hanna, petit homme ventru à grosse moustache, les exclamations fusent: "Abou Hanna! Comment ça va?" - "C'est maintenant que tu te réveilles?"

"Je suis chrétien, moi, je ne fais pas le ramadan", rétorque en souriant cet ex-professeur d'anglais qui se revendique "rebelle depuis 1970", lorsque Hafez Al-Assad, le père de Bachar, avait pris le pouvoir.

"Je suis contre les dictatures militaires. Je suis un activiste politique", explique Abou Hanna, un nom d'emprunt pour des raisons de sécurité.

Il assure s'être "engagé pour la révolution dès mars 2011". "Au départ, on manifestait pacifiquement. Ils nous ont tiré dessus. Que faire à part prendre les armes?"

"Je ne combats pas", précise-t-il immédiatement, "je suis trop vieux, je suis grand-père!"

Mais il a trouvé son rôle: "Je guide les thowar (révolutionnaires), je les conseille. La plupart sont jeunes, sans expérience de la vie, ils ont besoin d'un guide. Ils pourraient commettre de mauvaises actions sans conseils".

Quelles pourraient être ces "mauvaises actions"? Un silence. "Rien de... définitif. Ils pourraient se battre par exemple".

Son engagement lui a valu quelques ennuis, sous le père et le fils Assad: arrestation, interrogatoire puis libération. Son statut de chrétien l'a protégé, dit-il: "Je n'ai pas été torturé. Aujourd'hui ils me recherchent, mais pour me tuer et accuser les thowar. Ils ont déjà essayé deux fois de m'abattre".

Même sa famille, restée dans sa ville natale tenue par les forces gouvernementales, n'a pas été persécutée, contrairement au sort habituel des proches des sunnites, qui constituent à la fois l'essentiel de la population (80%) et des insurgés (sans doute plus encore).

"Le régime fait très attention à ne pas arrêter les chrétiens, à montrer qu'ils le soutiennent. Il veut montrer que tous les rebelles sont sunnites. Alors il tue simplement les rebelles chrétiens et accuse des +groupes terroristes+".

Il assure que "même si la majorité des chrétiens restent en dehors des combats, parce qu'ils sont peu nombreux (5% à 7% de la population) et craignent d'être massacrés, ils ne soutiennent pas Assad. Ils ont juste peur. Mais de jeunes chrétiens combattent le régime à Hama, Alep et Homs".

Quant aux rebelles sunnites, "ils sont heureux de montrer que notre révolution n'est pas une guerre confessionnelle".

Le commandant du groupe de combattants, Abou Mohammad, abonde: "il est chrétien mais il n'y a pas de différence entre musulmans et chrétiens chez les thowar".

Abou Omar, un Frère musulman à la longue barbe rousse, en rajoute: "Musulmans et chrétiens, on est frères et on construira la nouvelle Syrie". Il embrasse Abou Hanna. La scène semble un peu forcée.

Le chrétien poursuit dans la lancée oecuménique: "Les salafistes sont pacifiques. Ils peuvent paraître ignorants, mais ce sont des gens biens -en Syrie, je veux dire, je ne parle pas d'Al-Qaïda, il y a une énorme différence".

Pour l'avenir, Abou Hanna a déjà son plan: "Six mois après la victoire de la révolution, il y aura des élections démocratiques. Je deviendrai un membre du Parlement et je ferai couper les relations économiques avec la Russie", qui fournit en armes le régime.

mba/kat/sw

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