Au moins 21 000 milliards dans des paradis fiscaux

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Un employé d'une banque en Corée du Sud près d'une pile de billets en devises étrangères (archives)   © PC/AP/Lee Jin-man
Un employé d'une banque en Corée du Sud près d'une pile de billets en devises étrangères (archives) © PC/AP/Lee Jin-man

Selon une une étude de l'association Tax Justice Network (TJN), au moins 21 000 milliards de dollars d'actifs financiers étaient détenus par des particuliers fortunés dans des paradis fiscaux à la fin de 2010, soit l'équivalent du poids cumulé des économies américaine et japonaise.

L'ONG britannique estime que 92 000 personnes (0,001 % de la population mondiale) sont détentrices de ces avoirs.

Selon la fourchette haute de l'estimation, le montant des actifs financiers détenus dans des territoires à l'abri des administrations fiscales pourrait atteindre 32 000 milliards de dollars, souligne l'organisation dans cette étude publiée dimanche et menée par un ancien expert du cabinet de conseil McKinsey, James Henry.

TJN indique que si ces sommes rapportaient un « modeste » rendement de 3 % par an et si un prélèvement de 30 % était appliqué sur ce revenu, cela générerait entre 190 et 280 milliards de recettes fiscales, soit près du double de l'aide au développement versée chaque année par les pays riches de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

« Ce nouveau rapport se concentre sur un énorme trou noir de l'économie mondiale [...] à un moment où les gouvernements à travers le monde manquent de ressources », a souligné M. Henry, cité dans un communiqué.

D'après son étude, les 50 premières banques destinées aux clients fortunés ont collectivement géré en 2010 plus de 12 100 milliards de dollars dans des investissements transfrontaliers (contre 5400 milliards en 2006), via notamment des trusts qui permettent de dissimuler le nom du bénéficiaire réel de ces placements.

Les établissements UBS, Credit Suisse et Goldman Sachs forment le trio de tête des banques ayant géré le plus d'actifs extraterritoriaux pour le compte de leurs clients fortunés, selon cette étude baptisée The Price of Offshore Revisited (Nouveau regard sur le coût des paradis fiscaux).

Selon M. Henry, la perte en revenus fiscaux « est assez grande pour faire une différence significative dans les pays connaissant une baisse de l'aide financière extérieure et ceux aux prises avec les conséquences néfastes des changements climatiques ».

Le rapport se base sur des données du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque des règlements internationaux. TJN soutient que ses estimations sont conservatrices, puisqu'elles ne tiennent pas compte des avoirs physiques, comme les oeuvres d'art ou les biens immobiliers.

« Ces données révèlent que les inégalités sont beaucoup plus grandes que ce que les statistiques officielles laissent penser, mais les politiciens comptent encore sur les effets de ruissellement des revenus des riches pour aider les plus pauvres », a affirmé un porte-parole de l'organisation, John Christensen.