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Alexandre Despatie s'apprête à relever le plus gros défi de sa carrière

23/07/2012 02:01 EDT | Actualisé 22/09/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Alexandre Despatie n'a jamais été du genre à se défiler devant les défis. Et il a souvent su les relever avec brio. Mais à l'aube de ses quatrièmes Jeux olympiques, le vétéran plongeur de 27 ans avoue qu'il s'attaque cette fois au plus gros défi de sa carrière.

Il se présente en effet à Londres après avoir connu une année éprouvante. À l'écart de la compétition pendant plusieurs mois en 2011 pour soigner une bursite et une tendinite au genou gauche, Despatie a frôlé la catastrophe le mois dernier. Il s'est frappé la tête sur le tremplin lors d'un entraînement en Espagne. Victime d'une profonde coupure au haut du front et d'une commotion cérébrale, ce bête accident a failli compromettre son dernier tour de piste sur la scène olympique.

Cette mésaventure l'obligera à se surpasser de nouveau s'il désire ajouter une autre médaille olympique à son palmarès.

«C'est un gros défi que j'ai devant moi, mais je vais aux Jeux pour me surpasser. Et c'est en plein ça l'esprit des Jeux, le désir de se surpasser. J'ai l'habitude de relever les défis et c'est ce que je vais faire.»

Le triple champion du monde et double médaillé olympique parle en effet en connaissance de cause. En 2008, quatre mois avant les Jeux de Pékin, il s'est infligé une fracture du pied qui l'a privé de toute compétition pendant sa guérison. Puis, il s'est retrouvé aux prises en Chine avec des maux de dos qui lui ont fait craindre le pire. Il est néanmoins parvenu à décrocher la médaille d'argent au tremplin de 3 mètres.

«Mentalement, ce fut hyper difficile, se rappelle-t-il de son expérience chinoise. Il ne suffit pas de guérir physiquement. Il faut retrouver son niveau de confiance. Et mon entraînement avant les jeux n'allait pas nécessairement comme je le voulais. Je n'en ai pas parlé parce que mes problèmes ont fait surface pendant les jeux.

«Être blessé, c'est une chose, avoir mal en est une autre. On gère la douleur physique souvent en tant qu'athlète. Mais quand la tête n'y est pas, c'est difficile de tourner la page et de revenir à des pensées plus positives.»

Despatie a tiré des leçons de son expérience de 2008, même s'il est d'avis que le contexte est différent cette année.

«Au point de vue de ma préparation, c’est un peu différent. C'est vrai que j'ai eu moins de temps pour m'en remettre cette fois, mais j'ai eu plus de misère avec mon pied en 2008.

«Comme j'avais déjà fait le gros de mon entraînement physique avant mon acccident, ma condition physique n'a pas beaucoup changé.»

Mais compte tenu de la nature de son accident, ce sont davantage les séquelles psychologiques qui pourraient lui jouer un tour. Car même s'il dit n'en avoir aucun souvenir, comment réagira son subconscient sur le tremplin au moment d'exécuter son triple saut périlleux et demi retourné?

Sa résilience — faculté à venir à bout des situations les plus difficiles de la vie — au fil de sa carrière permet de croire qu'il pourrait une fois encore nous étonner.

«S'il y a une chose qu'on pourra dire de moi lorsque je prendrai ma retraite du plongeon, c'est que mon parcours n'aura pas été le plus facile.

«Si c'était facile, tout le monde le ferait. J'aime bien être dans cette position où je dois travailler super fort pour me rendre là ou je veux aller. Je suis très à l'aise dans ce rôle là.»

Force de caractère

Depuis sa percée sur la scène internationale à l'âge de 13 ans aux Jeux du Commonwealth en Malaisie en 1998, où il a remporté la médaille d'or à la tour de 10 mètres, Despatie a accumulé les succès.

S'il a échoué au pied du podium à ses premiers jeux à Sydney en 2000, il s'est bien repris quatre ans plus tard à Athènes, mais pas nécessairement dans l'épreuve qu'il anticipait. Il avait alors agréablement surpris en décrochant la médaille d'argent au tremplin de 3 mètres et avait dû se contenter de nouveau du quatrième rang à la tour, où il était le champion du monde en titre.

«En 2004, je me suis présenté aux jeux en parfaite condition. J'ai obtenu un résultat incroyable pour moi et un autre que je n'attendais pas.»

L'année suivante, devant son public, il a accompli ce qu’aucun autre plongeur n’a fait. Il devient le premier plongeur à être couronné champion du monde dans les trois disciplines, triomphant aux tremplins de 1m et 3m aux mondiaux aquatiques de Montréal.

En février dernier, il a offert une nouvelle démonstration de sa force de caractère quand il a obtenu la médaille de bronze de la Coupe du monde de Londres, un mois seulement après avoir repris l'entraînement à la suite de son malaise au genou. Il s'était ainsi assuré son billet pour Londres.

Avec un tel palmarès, il est donc hasardeux de l'écarter comme un espoir de médaille à Londres même si le principal intéressé préfère tempérer les attentes. Il souhaite avant tout savourer cette dernière participation aux Jeux et offrir la meilleure performance possible «dans les circonstances».

«La clé, ce sera d'avoir du plaisir et de chercher à en profiter, de garder le sourire. Après tout, je vais aller aux Jeux pour faire ce que j'aime le plus, c'est-à-dire plonger.»

Quoi qu'il advienne à Londres, Despatie aura relevé avec succès un autre défi par le simple fait de participer à ces jeux.

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