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21/07/2012 02:24 EDT | Actualisé 19/09/2012 05:12 EDT

Sida en Afrique australe: les "papas gâteaux" au banc des accusés

Elles n'ont pas rencontré l'amour de leur vie, mais un généreux bienfaiteur d'âge mûr qui leur paye tout alors qu'elles n'ont rien. En Afrique, ces "papas gâteaux" sont un vecteur du sida chez les jeunes femmes, incapables d'imposer le préservatif et davantage touchées par la pandémie.

"Je ne regrette pas car il m'a acheté une petite maison et une voiture", dit Kate Mzungu, 17 ans, à propos de son "sugar daddy", un homme marié de 55 ans dont elle se considère comme "la deuxième épouse secrète".

"J'ai peur d'attraper le sida avec mon +papa gâteau+ car il peut sortir avec toutes les filles qu'il veut", concède à l'AFP cette toute jeune habitante du Malawi, un petit pays rural d'Afrique anglophone où 40% de la population survit avec moins d'un dollar par jour.

Elle a fait une incursion dans la prostitution pour nourrir son bébé, et elle estime avoir gagné au change.

Mais pour les experts, cette situation est préoccupante.

Les relations sexuelles entre partenaires de générations différentes, en particulier entre des hommes plus âgés et de jeunes femmes qui pourraient aisément être leur fille, sont considérées comme une des raisons de la forte prévalence du sida parmi les femmes, avec 60% des cas en Afrique australe.

"C'est l'un des moyens de transmission, en particulier quand les hommes sont mariés mais fréquentent ces demoiselles plus jeunes", explique Linda Chongo, porte-parole au Mozambique du réseau des AIDS (Sida) Service Organisations.

"C'est assez difficile de négocier un rapport protégé quand on est déjà en position inférieure. C'est la loi de l'argent, la personne qui a l'argent impose les règles à suivre", explique-t-elle.

"Cela tient en partie à la pauvreté. Cependant, si on regarde l'Afrique, la pauvreté a toujours été là, mais nos grands-mères et mères ne se comportaient pas comme maintenant", observe-t-elle également.

Stuart Chuka, coordinateur du plan de soins du sida au Malawi, constate que les femmes, fréquentent des aînés même si elle sont conscientes des dangers.

"Il faudrait qu'elles puissent négocier un rapport protégé, être à l'aise pour dire +non+", soupire-t-il.

Au Zimbabwe, une liaison entre un homme âgé qui "entretient" une jeune fille est baptisée "petite maison", par opposition à la "grande maison", où vit l'épouse légitime.

Le ministère de la Santé a lancé une campagne d'affichage qui semble commencer à porter ses fruits.

"Dans le cadre d'une campagne pour prévenir les nouvelles infections, nous avons des affiches pour décourager les relations sexuelles inter-générations", explique Beuty Nyamwanza, du conseil zimbabwéen sur le sida.

Des affiches montrent notamment des étudiantes affirmant qu'elles ont réussi dans la vie sans le soutien d'un généreux bienfaiteur.

De façon générale, dans la région australe, qui est la plus touchée au monde par le sida, "il y a beaucoup de progrès, le nombre de nouvelles infections régresse", indique Rick Olson, expert auprès de l'Unicef. "Le nombre de préservatifs achetés par les gouvernements augmente."

Mais les jeunes femmes ont encore besoin d'un soutien pour prendre confiance en elles et réclamer l'usage du préservatif: "Quand le partenaire est plus âgé, c'est difficile", dit-il.

En Afrique du Sud, où l'augmentation des grossesses précoces dans la province du KwaZulu-Natal (est) est aussi imputée aux "papas gâteaux", les autorités locales ont également lancé une campagne d'affichage, tout en créant des groupes de soutien pour inciter les jeunes femmes à résister aux avances.

Cette campagne sera étendue nationalement, a annoncé le ministre sud-africain de la Santé Aaron Motsoaledi, parallèlement à d'autres efforts de prévention, comme la distribution de gel vaginal et de préservatifs.

L'Afrique du Sud vient aussi de lancer des essais cliniques pour un nouveau type d'anneau vaginal diffusant des produits antirétroviraux. Ces derniers ont un pouvoir de prévention, même si on n'en connaît pas les possibles effets secondaires. L'anneau est aussi testé au Malawi, en Ouganda, en Zambie et au Zimbabwe.

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