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21/07/2012 06:26 EDT | Actualisé 20/09/2012 05:12 EDT

Procès Habré à Dakar: le changement de régime au Sénégal relance l'espoir

Après des années de tergiversations, le récent changement de régime au Sénégal a relancé l'espoir d'un procès rapide pour crimes contre l'humanité de l'ex-président tchadien Hissène Habré à Dakar, où il vit en exil depuis plus de 20 ans en toute impunité.

Depuis son élection en mars face à Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000, le nouveau président Macky Sall a multiplié les signes de bonne volonté en faveur de l'organisation au Sénégal d'un procès de Hissène Habré, au pouvoir de 1982 à 1990 à N'Djamena, et dont le régime est accusé de la mort de 40.000 personnes.

Deux mois après sa prise de fonction, Macky Sall mettait en place un "groupe de travail" dont la mission "est de réfléchir sur les modalités pratiques de préparation et d'organisation du procès (...) conformément aux engagements internationaux du Sénégal et avec le soutien de l'Union africaine (UA)".

Puis, il a à plusieurs reprises déclaré publiquement qu'il voulait que Habré, 70 ans, confortablement installé à Dakar depuis qu'il a été chassé du pouvoir fin 1990, soit rapidement jugé au Sénégal, la dernière fois le 15 juillet devant ses pairs africains réunis en sommet à Addis Abeba.

Vendredi, après un arrêt contraignant de la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye ordonnant au Sénégal de juger Habré "sans délai" ou de l'extrader, le ministère sénégalais de la Justice a réitéré sa "ferme volonté" d'organiser le procès d'ici fin 2012.

"En atteste la mise sur pied d'un groupe de travail et l'ouverture" vendredi matin à Dakar "de concertations avec les experts de l'Union africaine (UA) pour étudier les modalités pratiques de ce procès", selon le ministère.

La réunion de concertation UA/Sénégal, qui doit de poursuivre jusqu'à mardi, doit en particulier plancher sur le type de juridiction à même de juger l'ex-président tchadien.

"La formule envisagée, c'est de partir de la juridiction sénégalaise qui va être réaménagée pour tenir compte de la spécificité du dossier et intégrer une composition mixte", a déclaré à l'AFP Marcel Mendy, porte-parole du ministère de la Justice. "Il y aura des juges sénégalais et également des magistrats qui viendront de l'étranger", a-t-il ajouté.

Ces engagements du nouveau régime contrastent avec l'attitude de l'encien président Abdoulaye Wade qui, après avoir accepté en 2006 de juger Habré à la demande de l'UA "au nom de l'Afrique", a traîné des pieds, invoquant tantôt des questions de compétence de la justice sénégalaise, tantôt des problèmes d'argent.

Jusqu'à décider en juillet 2011 de l'expulser à N'Djamena, avant de revenir sur sa décision sous la pression des défenseurs des droits de l'Homme et de l'ONU qui jugeaient inacceptable un retour d'Habré dans son pays où il a été condamné à mort par contumace en 2008 pour "atteinte à la sécurité de l'Etat".

Les engagements de Macky Sall et de son gouvernement doivent désormais être suivis d'effet, selon Reed Brody, chargé du dossier Habré à Human Rights Watch (HRW). "Il faut que cette volonté se traduise par des actes concrets", a-t-il déclaré.

Clément Abaïfouta, président au Tchad de l'Association des victimes de répressions politiques, s'est déclaré "déçu" que la CIJ n'ait pas ordonné l'extradition de Habré vers la Belgique, pays où plusieurs plaintes ont été déposées contre lui et qui est prêt à le juger.

"En ce moment, c'est vrai que le président Macky Sall a manifesté sa volonté, mais nous sommes toujours sceptiques", a affirmé M. Abaïfouta.

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