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21/07/2012 04:30 EDT | Actualisé 19/09/2012 05:12 EDT

A l'été 1942, 2.000 juifs partaient du camp des Milles pour Auschwitz

Le camp des Milles près d'Aix-en-Provence (sud-est), où furent internées de 1939 à 1942 plus de 10.000 personnes, marque dimanche le 70e anniversaire des convois qui virent partir pour Auschwitz quelque 2.000 juifs, hommes, femmes et enfants.

Les Milles, qui ouvrira ses portes au public en août, est le "seul grand camp d'internement et de déportation sous commandement français encore intact", selon le président de la Fondation Camp des Milles Mémoire et Education, Alain Chouraqui. Plusieurs particularités font de ce camp, installé sur le site d'une ancienne tuilerie, un endroit à part dans l'histoire de la déportation en France.

Il n'a fonctionné, tout d'abord, que durant les années où le Sud était en zone libre, donc sous commandement militaire français puis du régime de Vichy. La tuilerie fut réquisitionnée par le gouvernement dès septembre 1939. Au total, plus de 10.000 personnes, de 38 nationalités différentes, y seront enfermées.

Au départ, il ne s'agit que de "sujets ennemis": Allemands et Autrichiens pour la plupart, qui ont fui le régime nazi et ne comprennent pas pourquoi le pays qui les a accueillis leur ôte désormais la liberté.

Puis, de juillet 1940 à juillet 1942, sont emprisonnés les "opposants et indésirables" du régime de Vichy. Les Milles devient alors un camp de transit, d'où certains parviennent néanmoins à fuir, en se procurant des faux papiers grâce à des filières, dont le réseau de l'Américain Varian Fry.

Enfin, à l'été 42, sur décision de Laval, ce sont quelque 2.000 juifs, dont le plus jeune n'avait pas un an, que l'on rafle avant de les envoyer dans des trains - un wagon, offert par la SNCF pour le mémorial, le rappelle - vers le camp d'extermination d'Auschwitz.

Le dernier des cinq convois part le 10 septembre 1942. En novembre, les Allemands arrivent en Provence et font de la tuilerie un dépôt de munitions. Après la guerre, l'activité industrielle reprend et peu à peu, le souvenir de l'existence du camp se perd, jusqu'à 1983 et la redécouverte de la "salle de peintures", le réfectoire des gardiens décoré par des artistes internés.

Nombreux artistes et intellectuels internés aux Milles

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C'est l'autre particularité des lieux: ils ont accueilli de très nombreux artistes et intellectuels - peintres, écrivains, musiciens - "à l'image du camp de concentration de Terezin", en République tchèque, souligne M. Chouraqui. Parmi eux, les surréalistes Max Ernst et Hans Bellmer, le peintre Karl Bodek, le Prix Nobel de médecine Otto Meyerhoff, etc.

Des représentations théâtrales, des opérettes et des concerts sont donnés aux Milles, alors même que les conditions de vie y sont exécrables: les internés dorment à même le sol, la poussière s'infiltre partout, il y a peu de latrines, on y crève de chaud en été et on se gèle en hiver...

Enfin, dernière particularité des Milles: sa vingtaine de "Justes parmi les Nations", très actifs et honorés par le Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem.

Ainsi du pasteur Henri Manen et de son épouse Alice, qui délivrèrent de faux certificats de baptême pour sauver des juifs, ou du gardien du camp Auguste Boyer et de sa femme Marie-Jeanne, qui sauvèrent plusieurs enfants.

"Ce qui ne fut pas le cas, souligne M. Chouraqui, pour le Vél'd'Hiv (Vélodrome d'Hiver à Paris) par exemple", dont le 70e anniversaire est célébré dimanche par le président français François Hollande.

Les 16 et 17 juillet 1942, 13.152 Juifs étrangers réfugiés en France avaient été arrêtés à Paris et en banlieue par la police française, avant d'être déportés vers des camps d'extermination nazis, notamment Auschwitz.

Parmi eux, 8.160 personnes, dont 4.115 enfants, avaient été enfermés durant quatre jours au Vélodrome d'hiver.

lrb/ppy/far/ej

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