Tourisme : quand la météo va, tout va!

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Brodie Fenlon

Les vacances de la construction, c'est parti! La Commission de la construction du Québec (CCQ) a émis 153 000 chèques de vacances aux travailleurs de la construction. Ce départ massif en congé, du 22 juillet au 4 août, est un peu le signal officieux du début des vacances pour des milliers de Québécois.

Les enfants, eux, sont en congé depuis le 24 juin dernier, et plusieurs familles québécoises sont déjà parties en vacances. Les professionnels du tourisme dressent un premier bilan positif de ce début de saison estivale.

En région

La météo, exceptionnelle au mois de juillet, a encouragé les vacanciers à se déplacer. Une bonne nouvelle pour les régions, qui n'ont pas encore de données chiffrées, mais qui estiment que la saison commence bien.

Les activités de plein air ont beaucoup de succès. « Les plans d'eau sont très populaires », constate Diane Leblanc, de Tourisme Laurentides. « Le cyclotourisme a du succès, les gens se promènent beaucoup sur le Chemin du Terroir. » « Nous constatons des hausses dans les campings », explique Stéphanie Lamarche, de Tourisme Abitibi-Témiscamingue. Là aussi, les activités de plein air ont du succès. « Il y a beaucoup d'entrées au parc national d'Aiguebelle », note Mme Lamarche.

Même son de cloche dans les Cantons-de-l'Est, où le mois de juin a été meilleur que l'an passé. Éric Larouche, directeur général de l'office du tourisme, a constaté des hausses de fréquentation pour les activités de plein air, dans les parcs, au zoo, ou encore pour les bateaux. « Nous nous renouvelons beaucoup, explique M. Larouche. Chaque année, nous proposons de nouveaux produits [touristiques]. »

Les Américains de retour en Estrie

Même si ce n'est pas forcément le cas dans toutes les régions de la province, notamment à Québec, les Américains font leur retour dans les Cantons-de-l'Est. « Nous avons des frontières avec trois États américains, rappelle M. Larouche. Nous ne sommes qu'à quatre heures de Boston. Depuis 2002, les Américains venaient moins. Cette année, ils reviennent, c'est un bon signal. »

M. Larouche constate également une hausse de la fréquentation du site Internet de Tourisme Cantons-de-l'Est de 12 % depuis le début du mois de juin, avec 300 000 visiteurs uniques.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Maxime Saint-Laurent fait le même constat. « La fréquentation de notre site Internet a doublé en juin et en juillet, ce qui est bon signe », explique le directeur des communications de l'office de tourisme. « En juin, j'ai surpassé les chiffres de juillet, alors que juillet est en tête depuis cinq ans. J'ai même surpassé mon meilleur mois de juillet. »

Difficile cependant pour l'instant de chiffrer ce début de saison, car le plus fort de la saison se déplace au mois d'août, explique M. Saint-Laurent. « Avant, le meilleur mois était juillet. Aujourd'hui, c'est août le meilleur mois. Les vacances se déplacent aux mois d'août-septembre. »

Montréal et Québec

À Montréal et à Québec, la tendance se maintient par rapport à l'année dernière. Dans la Vieille Capitale, « pour juin, le taux d'occupation est de 71 % dans les 38 hôtels de la région de Québec », affirme Éric Bilodeau, directeur des communications de l'Office du tourisme de Québec. « C'est la même chose que 2010 et 2011. »

La situation est identique à Montréal. La métropole a d'abord été touchée par la crise étudiante. Au mois de mai, « nous avons enregistré un recul de 25 000 nuitées » par rapport à l'année dernière, affirme Nicolas Korfage, porte-parole de l'Association des hôteliers du Québec (AHQ), qui regroupe 600 établissements hôteliers dans la province.

Les chiffres sont ensuite revenus à la normale, en incluant la clientèle des festivals. « Le mois de juin a été comparable au mois de juin 2011. » « Au mois de juin, nous avons noté une hausse de 1 % par rapport à juin 2011 », confirme William Brown, porte-parole de l'Association des hôtels du grand Montréal (AHGM), qui regroupe 76 hôtels. « Pour juillet-août, on s'attend à une baisse substantielle du taux d'occupation. » M. Korfage, lui aussi, s'attend à un mois de juillet « pas très prometteur ».

Plusieurs raisons expliquent ces prévisions pour Montréal. Moins de congrès sont programmés durant l'été, il y a donc moins de tourisme d'affaires. « Nous nous attendions à une baisse des réservations, explique Alexandra Graveline, de Tourisme Montréal. »

La parité avec le dollar américain pèse aussi dans la balance. « Pour les Américains, venir au Québec n'est pas forcément très intéressant pour eux », analyse le porte-parole de l'AHQ. Et puis, la météo et les congrès ne font pas tout. Les pratiques touristiques évoluent.

Le Sud en été

Depuis quelques années, les tendances touristiques évoluent. Même si, globalement, c'est la météo qui détermine si la saison estivale sera bonne, les vacanciers ne voyagent plus de la même manière qu'il y a dix ans.

« Depuis trois ou quatre ans, les Québécois choisissent le Sud comme destination estivale », analyse Paul Arseneault, professeur et titulaire de la Chaire de Tourisme de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Les formules « tout inclus » ont particulièrement la faveur des vacanciers.

Auparavant, « l'hiver, les aéronefs faisaient des rotations nord-sud. Au printemps, en avril, ils faisaient des rotations est-ouest. Aujourd'hui, l'été aussi, les avions sont des rotations nord-sud ».

Chez Vacances Air Canada par exemple, « 68 % de nos réservations sont pour nos destinations soleil », constate Wanda O'Connor, de Vacances Air Canada. « Nos destinations vedettes sont la Jamaïque, Cancun, Punta Cana et Great Exuma aux Bahamas. »

Quant eux destinations européennes, elles correspondent l'été à « 25 % de nos réservations. Les plus prisées sont Londres, Paris et Rome », précise Mme O'Connor.

Le succès pour les séjours au Sud est une tendance qui se développe ces dernières années. Les formules proposées par certains « resorts » sont attrayantes, l'hébergement moins cher qu'au Québec, précise le professeur de tourisme. « Comparez par exemple une formule d'une semaine à Cuba qui comprend l'hébergement, la nourriture, etc., avec une semaine à Montréal dans un hôtel quatre étoiles. Ce sont des produits qui rivalisent avec des séjours au Québec. »

Les hôteliers ont également constaté ce phénomène. « Beaucoup [de vacanciers] vont dans le Sud, analyse Nicolas Korfage, le porte-parole de l'AHQ. Beaucoup plus qu'il y a dix ans. Des pays font du marketing et de la publicité pour attirer [les clients], et le dollar les avantage dans certains endroits. »

Déplacements en voiture

Selon un sondage effectué par l'Association canadienne des automobilistes Québec (CAA-Québec) entre le 1er et le 22 mai dernier, 75 % des répondants utiliseront la voiture pour partir en vacances. À CAA-Québec, les demandes de « Triptiks », les tracés routiers, affluent.

« Nous recevons plusieurs centaines de demandes de tracés routiers par jour, affirme Philippe Saint-Pierre, porte-parole de CAA-Québec. Cette année, [...] on enregistre une légère hausse des demandes. » Entre le 1er mai et le 18 juillet, les Québécois qui ont demandé un tracé routier à CAA-Québec ont préféré partir d'abord sur la côte est américaine. Mais, coût de l'essence oblige, ils vont moins loin que les années précédentes.

Le New Jersey arrive en tête des destinations, avec notamment Wildwood et Cap May. Le Maine suit, avec notamment Old Orchard, et enfin le Massachusetts avec Boston et Cape Cod, ou encore Myrtle Beach, en Caroline du Sud.

En deuxième position arrive le Québec, avec dans l'ordre la Gaspésie et les îles de La Madeleine, Charlevoix, puis le lac Saint-Jean.

Après les destinations québécoises, les vacanciers demandent aussi des tracés routiers pour rejoindre les provinces atlantiques. Viennent ensuite l'Ontario, surtout Niagara Falls, et l'Ouest canadien.

La nature oui, mais dans le confort

Le camping a du succès cet été. Mais un camping « alternatif » se développe depuis quelques années. Les touristes affectionnent les séjours dans la nature, « mais sans l'inconfort du camping traditionnel », explique Paul Arseneault, professeur et titulaire de la Chaire de Tourisme à l'UQAM. Les familles et les séniors privilégient particulièrement ces types d'hébergements.

La Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) développe depuis quelques années les « prêt-à-camper », des hébergements plus confortables que la tente traditionnelle. Les yourtes, les roulottes, mais aussi des tentes qui ressemblent davantage à des maisonnettes, comme les tentes Huttopia.

« Nos prêt-à camper ont un succès fou », confirme Hélène Ayotte, responsable des communications au secteur faunique de la Sépaq. L'année dernière, la Société a installé une nouvelle sorte d'hébergement alternatif dans les réserves et certains centres touristiques : la tente Hékipia.

Cette année, la Sépaq a doublé le nombre de ces tentes. Elle en compte aujourd'hui 75, dont 20 dans les réserves fauniques et 55 dans les centres touristiques. La Sépaq compte par ailleurs 249 tentes Huttopia.

« Les familles aiment beaucoup [cette formule d'hébergement], analyse Mme Ayotte. Elles n'ont qu'à apporter leurs vêtements, leurs sacs de couchage, leur nourriture et des jouets pour les enfants. Tout le reste [le matériel de camping] est fourni sur place. Ça laisse plus de place dans la voiture! »

Preuve que ce type d'hébergement connaît un engouement : la création, il y a un an, du site Kabania, situé dans Lanaudière, aux abords du parc régional de la forêt Ouareau. Marie-Christine Tremblay et Mathieu Gibeault y proposent un « hébergement exotique en nature ».

Ce site regroupe deux types de cabanes : les cabanes sur pilotis, qui sont au nombre de neuf, et qui ont été installées il y a un an, et les cabanes dans les arbres, sept, installées il y a trois semaines, le 1er juillet dernier.

« Lors du premier été, le taux d'occupation a été de 94 % », affirme Marie-Christine Tremblay, qui s'attend à ce que le scénario se répète cet été. « Sur les huit premiers mois d'ouverture, nous étions à 65 % d'occupation. Dans Lanaudière, la moyenne annuelle du taux d'occupation est de 28 % », assure Mme Tremblay.

Les « staycation », ou les « vacances à la maison »

« Il y a plus de gens qui ne partent pas en vacances que de gens qui partent », rappelle Paul Arseneault, professeur et titulaire de la Chaire de Tourisme à l'UQAM.

Différentes raisons l'expliquent : les difficultés économiques, les problèmes de santé, etc. Mais aussi, note M. Arseneault, certains ne partent pas en vacances parce qu'ils préfèrent rester chez eux. Ce phénomène s'appelle le « staycation », ou « les vacances à la maison ». « Ils aménagent leur cour, s'achètent des cinémas-maison, et quand vient le temps des vacances, ils préfèrent rester chez eux pour en profiter. »

Si les vacanciers préfèrent parfois rester chez eux, ils planifient de moins en moins leurs vacances. Depuis plusieurs années, les professionnels du tourisme doivent composer avec le « dernière minute ». Les vacanciers partent moins longtemps et décident, notamment en fonction de la météo, de partir au dernier moment. Ce qui rend les prévisions très difficiles à établir.

Un texte de Typhaine Morin

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