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20/07/2012 03:55 EDT | Actualisé 19/09/2012 05:12 EDT

Syrie: après l'échec à l'ONU, Washington contraint de renforcer les rebelles

Après le veto russo-chinois à l'ONU sur la Syrie, les Etats-Unis n'ont pas d'autre choix stratégique que de renforcer leur soutien aux rebelles, en dehors du cadre onusien, estiment des experts qui excluent toutefois une intervention militaire américaine.

Malgré l'intensification du conflit en Syrie, Moscou et Pékin ont opposé jeudi, pour la troisième fois, leur veto à une résolution du Conseil de sécurité menaçant Damas de sanctions. Courroucé, Washington a promis d'agir désormais "en dehors" des Nations unies pour appuyer les forces de l'opposition et tenter de mettre fin à la guerre civile.

Car pour Salman Shaikh, spécialiste de la Syrie au centre de réflexion Brookings, les Etats-Unis "doivent prendre maintenant une décision très claire: soutenez-vous (les rebelles) ou allez-vous les laisser être mis en déroute?"

"Nous sommes dans une phase extrêmement dangereuse: le régime va déverser toute sa puissance de feu, notamment à Damas et à Alep, et une longue bataille s'annonce", explique l'expert à l'AFP, estimant que "les Etats-Unis et d'autres Etats-clés (du groupe des "Amis du peuple syrien", Ndlr) vont devoir intensifier leur soutien à l'opposition".

Washington s'est dit maintes fois hostile à des livraisons d'armes aux rebelles syriens et à une intervention militaire unilatérale. L'opposition reçoit en revanche des armements légers de pays arabes, notamment d'Arabie saoudite et du Qatar.

De fait, abonde M. Shaikh, "les Etats-Unis ne vont peut-être pas s'embarquer dans des fournitures d'armes mais peuvent faire beaucoup plus en termes d'assistance, avec des moyens de communication et de renseignement".

Interrogé sur la stratégie américaine en Syrie après l'échec à l'ONU, le porte-parole du département d'Etat, Patrick Ventrell, a d'ailleurs répondu que les Etats-Unis "poursuivraient leur soutien (à l'opposition) via une assistance non létale, humanitaire, avec des moyens de communication et d'organisation".

Des médias américains se font aussi l'écho de l'implication de la CIA qui s'assurerait que des armes légères transitant par des voisins de la Syrie tombent bien entre les mains de l'opposition et non de groupes extrémistes.

Au plan diplomatique, l'ambassadrice américaine à l'ONU Susan Rice a fustigé "l'échec complet" du Conseil de sécurité et s'est engagée à "intensifier nos efforts avec différents partenaires, hors du Conseil de sécurité, pour faire pression sur le régime Assad et fournir de l'aide à ceux qui en ont besoin". Le département d'Etat a rappelé que "l'ONU n'était qu'une partie de notre stratégie" sur la Syrie.

Pour Richard Haass, président de centre de réflexion Council on Foreign Relations (CFR), "les Etats-Unis et les gouvernements qui sont du même avis ne doivent pas chercher à copier le multilatéralisme des Nations unies".

"Ils doivent au contraire monter une coalition de pays de l'Otan et de certains Etats arabes pour durcir les sanctions contre la Syrie (...) renforcer l'opposition, programmer des frappes contre les stocks syriens d'armes chimiques et préparer l'après Assad", écrit M. Haass dans un article du CFR.

Le président russe Vladimir Poutine a averti que toute tentative d'action hors du Conseil de sécurité serait "inefficace".

De toutes façons, le président de la Commission internationale de l'ONU sur la Syrie, Paulo Sergio Pinheiro, "ne croit pas à une initiative hors du cadre de l'ONU par l'Otan ou par n'importe quel pays".

Et à trois mois et demi de la présidentielle américaine, "je ne crois pas que le président (Barack) Obama souhaite un renforcement militaire de l'opposition", dit à l'AFP ce diplomate brésilien, pour qui "une intervention militaire étrangère serait une catastrophe pour la Syrie et ses voisins".

nr/bar

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