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20/07/2012 07:27 EDT | Actualisé 19/09/2012 05:12 EDT

"Je n'y retournerai jamais": le cauchemar des Irakiens rentrés de Syrie

"Les Irakiens veulent échapper à la mort, ils fuient la Syrie", lâche Oum Saïf à sa descente du car à Bagdad. Il y a sept ans, cette Irakienne a quitté son pays, déchiré par un conflit confessionnel, pour se réfugier à Damas. Aujourd'hui, elle effectue le chemin inverse.

Les enfants geignent sous le soleil de plomb de l'été bagdadi, les valises préparées en toute hâte paraissent craquer sous leur propre poids: le terminal de Mansour, dans l'ouest de Bagdad, est en proie à une rare fébrilité en ce vendredi.

Au milieu des centaines d'Irakiens revenus au pays après un périple de 850 km dans des autocars bondés, Khaled al-Jaouadi, analyse: "La situation en Syrie est vraiment exécrable. On se bat, c'est la guerre, partout c'est la guerre. Nous sommes partis parce que nous avions peur de mourir".

Et, dans un souffle, cet instituteur à la retraite de 60 ans lance: "je ne retournerai jamais, jamais en Syrie".

Abou Walid, crinière blanche, et sa femme, Oum Walid, sous le bras, a passé cinq ans en Syrie après une carrière au ministère irakien de l'Electricité. "Toutes les nuits, on entendait les combats, des explosions, des coups de feu. La situation nous a poussés à rentrer. La violence nous effrayait".

Redoutant les "violences croissantes" dont ils sont victimes, le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki a appelé mardi ses ressortissants à quitter la Syrie, dont la capitale est le théâtre d'intenses combats entre l'armée fidèle au régime de Bachar al-Assad et les insurgés.

Ali Dabbagh, porte-parole du gouvernement irakien, estimait jeudi entre 100.000 et 200.000 le nombre d'Irakiens toujours en Syrie.

"Des barbus armés nous ont ordonné de quitter la Syrie"

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"Des barbus armés ont fait irruption chez nous très tôt avant-hier. Ils nous ont ordonné de quitter la Syrie. J'ai mis ce que j'ai pu dans des petites valises et avec mon mari et ma fille de 13 ans nous avons pris le premier autocar pour Bagdad", explique Oum Zainab, originaire de la ville sainte chiite de Najaf, à 150 km au sud de la capitale irakienne.

Un chauffeur d'autocar qui préfère garder l'anonymat par peur de représailles, explique à l'AFP que "la plupart des Irakiens ont décidé de retourner à Bagdad après l'attentat qui a tué le ministre de la Défense" et trois autres hauts responsables du cercle rapproché de M. Assad mercredi.

Sarah Jassem, 18 ans, avait, elle, quitté son Bassora natal, dans le sud de l'Irak, il y a quatre ans après que son père ait reçu des menaces. Cruelle ironie du sort, aujourd'hui, elle revient. Pas le choix.

"De nombreuses zones ont été bombardées. Trois amis irakiens, dont une fille de 17 ans, ont été tués", raconte-t-elle.

Malgré les attentats et les assassinats quasi-quotidiens, l'Irak de 2012 n'est pas celui des sanglantes années 2006-2008. Mais le pays est embourbé dans un conflit politique et les services de base (eau, électricité, transports...) restent un luxe pour une majorité de la population.

Oum Saïf, la quarantaine et absente d'Irak depuis sept ans, s'interroge. "Et l'électricité? Est-ce que ça s'est vraiment amélioré, comme on me l'a dit? Ou est-ce qu'il y a toujours des coupures de courant?"

sf/gde/tp

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