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"Tout peut arriver": la peur s'installe à Damas à la veille du ramadan

19/07/2012 09:26 EDT | Actualisé 18/09/2012 05:12 EDT

Jamais depuis des décennies, le ramadan qui commence vendredi ne s'est annoncé aussi sombre à Damas. Le peur s'est emparée de la capitale syrienne, théâtre de combats sans précédent et d'un attentat inédit ayant frappé le coeur de l'appareil sécuritaire.

"Il y a de la tension, les gens ont peur, ils pensent désormais qu'après l'attentat, tout peut arriver", commente un marchand ambulant du célèbre quartier autrefois touristique de Bab Touma dans le centre-ville.

La panique est si grande que "les gens ont des réactions disproportionnées au moindre incident", selon lui.

Mercredi après l'attentat, "un simple accident de circulation a semé l'effroi à Bab Touma et les gens ont commencé à courir dans tous les sens pour fuir", affirme le marchand.

Même ambiance dans le quartier mitoyen de Qassaa. "Les gens ont fermé leurs boutiques après l'attentat", soutient Nidal, couturier.

"L'attentat d'hier a eu un impact sur la vie dans la capitale, les gens sont devenus plus inquiets", estime un commerçant, sous couvert de l'anonymat.

Mois de jeûne musulman, le ramadan est aussi l'occasion de repas en famille et de frénésie d'achat.

Mais plus de 16 mois après la début de la révolte, la bataille se joue désormais au coeur de la capitale, encore il y a peu à l'écart des violences qui secouent l'ensemble de la Syrie.

Mercredi, un attentat inédit a tué le ministre de la Défense Daoud Rajha, son adjoint Assef Chawkat, également beau-frère du président Bachar al-Assad, et le général Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place par le régime pour mater la révolte.

"Quel ramadan? la situation est grave, les combats se déroulent au coeur de la capitale", lance un marchand de textile dans le quartier commerçant de Salhié.

"Il n'y a pas de ramadan pour moi cette année. Mes trois frères sont en prison", confie de son côté Amer, chauffeur de taxi.

Rahaf, mère de famille, a également le "sentiment que nous allons passer un ramadan pas comme les autres".

"La vie est de plus en plus chère, on ne peut pas rester tard dans les rues, il n'y aura pas de veillée" après la rupture du jeûne au coucher de soleil, soupire-t-elle.

Sa fille Neemat renchérit: "mardi, j'ai eu pour la première fois vraiment peur, les rues se sont vidées avant la tombée de la nuit, les commerces étaient fermés. C'est triste".

Les combats, entamés mardi dans la capitale, se déroulent dans plusieurs quartiers, notamment à Midane, non loin du centre-ville historique et fréquenté d'habitude par la population pour ses restaurants.

Un peu partout dans la capitale, la vie semble s'être arrêtée. "Ca sent l'odeur du sang", commente un habitant

"Nous vivons dans la peur", affirme une autre habitante à Mazzé, quartier huppé de l'ouest de la capitale. "Nous ne pouvons pas nous enfuir en raison du pilonnage et nous avons peur de rester ici".

"Il faut sauver la capitale, regardez toutes les destructions dans les autres villes", estime Bachar, coiffeur.

A Salhié et Chaalane, la quasi-totalité des échoppes sont fermées jeudi. Des marchands de fruits n'ont pas ouvert faute de marchandises.

Beaucoup de rues dans Damas sont bloquées et les gens font des détours pour se rendre à leur travail, les taxis sont rares.

Un infirmier dans un grand hôpital à Doummar, près de Damas, affirme que "seul un quart des employés a pu venir", les routes et les rues étant coupées par des patrouilles d'agents de sécurité et de soldats.

Samir, employé résidant à Jaramana dans la banlieue de Damas, a pris sa décision: "Je vais envoyer mes deux enfants et ma femme à Tartous (sur la côte), loin des violences", dit-il, ajoutant que "personne cette année ne songe au ramadan".

Selon lui, les habitants à l'entrée de Jaramana ont ouvert les écoles pour accueillir des déplacés des régions voisines et des appels à l'aide ont été lancés par les mosquées.

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